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« Last Whispers », l’oratorio d’une photographe au Festival d’Automne

« Last Whispers », l’oratorio d’une photographe au Festival d’Automne

25 novembre 2019 | PAR Bénédicte Gattère

À l’occasion du Festival d’Automne à Paris, l’artiste Lena Herzog, qui s’est rendue célèbre pour ses reportages photographiques a présenté sa dernière création, musicale, cette fois-ci. Créée en 2016 à Londres, sa pièce « Last Whispers » est un hommage aux langues en voie de disparition.

Il aura fallu attendre 2019, que l’Unesco a promue « Année internationale des langues autochtones« , pour que Last Whispers soit présentée pour la première fois en France, sur grand écran et avec son binaural. Une heureuse circonstance qui a donné lieu également à une effervescence bienvenue de la part du monde de la recherche. Ainsi, le Festival d’Automne a-t-il accueilli une journée d’études sur le sujet au Théâtre du Châtelet, organisée par l’EHESS (École des Hautes Études en Sciences Sociales).

Entendre des voix venues d’ailleurs, et qui peut-être vont s’évanouir pour toujours, voilà une expérience marquante et relativement inédite. Très éclairante, la présentation de l’ethnomusicologue Denis Laborde venu en début de séance lors des projections à l’Espace Cardin permettait de mieux comprendre la genèse du projet. En réalité, tout a débuté avec un travail d’images. En tant que documentariste et photographe, Lena Herzog, elle-même originaire des confins de l’Oural avant d’émigrer aux États-Unis, est allée à la rencontre de locuteurs et locutrices parlant des langues autochtones en voie de disparition, ou « endangered » (en voie d’extinction)… Une aventure qui la mènera, au-delà de la prise de clichés, à vouloir enregistrer dans le même temps la voix de ceux et celles identifié.e.s comme les derniers détenteurs et dernières détentrices d’un savoir sur le point de disparaître.

S’ensuivra un long travail en archives. Lena Herzog, habitée par ces voix qui l’accompagnent pendant le travail solitaire de tirage en laboratoire, rencontre finalement Mandana Seyfeddinipur. Directrice du Programme de documentation sur les langues en danger de l’École d’études orientales et africaines (la SOAS) à l’Université de Londres, elle la guidera dans ce travail préparatoire de longue haleine qui a duré vingt ans. Une fois le matériel d’archives sonores rassemblé, il a fallu trancher dans le vif et sélectionner les passages les plus musicaux, ou représentatifs d’un dialecte. Il semblerait ainsi, à l’oreille, qu’un certain nombre de chants populaires et de berceuses aient été retenus. Pour finaliser la mise en musique, Lena Herzog a choisi de s’entourer de deux compositeurs bien connus dans leurs domaines respectifs, Marco Capalbo, metteur en scène de théâtre et d’opéra, et Mark Mangini, compositeur de musiques de films et entre autres de la B.O. de Sex, Lies and Videotape. Rebaptisés « sound designers » pour le projet, ils ont mis toute leur expertise de travail du son et de l’image afin de rendre ces archives attractives dans un certain sens, et d’en faire une œuvre d’art à part entière, qui ait toute sa cohérence.

Bien que Last Whispers soit présenté comme un « oratorio immersif composé pour une installation audiovisuelle de haute technicité », les spectateurs ne ressortent pas forcément transportés de la projection. D’une durée de 45 minutes, ponctuée d’images en noir et blanc prises dans l’espace par la NASA ou dans un environnement naturel par Lena Herzog, elle laisse un peu le public sur sa faim. Alors que les moyens déployés ont été conséquents, le résultat n’est pas vraiment à la hauteur. Les faits sont  là, cependant : 40% des 7000 langues de notre patrimoine linguistique mondial sont en voie d’extinction et une langue disparaît chaque semaine selon les chiffres des scientifiques. Malgré sa volonté de nous faire prendre la mesure du drame et de le rendre palpable, Last Whispers n’y parvient pas réellement. Restent le plaisir de se plonger dans des univers mystérieux et inconnus, et l’envie de s’immerger plus avant dans ces archives sonores, voire de se découvrir une vocation de linguiste collapsologue !

Toutes les informations sur le site du Festival d’Automne à Paris.

Visuel : © Lena Herzog

 

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Bénédicte Gattère
Étudiante en histoire de l'art et en études de genre, j'ai pu rencontrer l'équipe de Toute la culture à la faveur d'un stage. L'esprit d'ouverture et la transdisciplinarité revendiquée de la ligne éditoriale ont fait que depuis, j'ai continué à écrire avec joie et enthousiasme dans les domaines variés de la danse, de la performance, du théâtre (des arts vivants en général) et des arts visuels (expositions ...) aussi bien que dans celui de la musique classique (musique baroque en particulier), bref tout ce qui me passionne !

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