Danse
La danse macabre d’Arkadi Zaides en ouverture de Montpellier danse

La danse macabre d’Arkadi Zaides en ouverture de Montpellier danse

24 juin 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le chorégraphe israélien présente à Montpellier Danse sa dernière pièce, Necropolis, un lieu de mémoire pour les exilés morts en mer ou ailleurs, de façon sordide. Un choc.

Depuis 1993, la plateforme européenne UNITED for Intercultural Action recense les migrant(e)s mort(e)s en essayant d’atteindre l’Europe. Elle dénombre déjà plus de 40 500 personnes disparues, en grande majorité non identifiées. Arkadi Zaides est un écorché vif, il ne cesse de montrer via son travail la douleur du monde. Talos nous plaçait du côté de ceux qui sont encore vivants et qui tentent de fuir, symbolisés par des petits points bleus et jaunes. Ici, il y a toujours des points, mais sur des vraies cartes, et cette fois c’est trop tard.

« La civilisation est une scène de crime » (Walter Benjamin)

Devant nous un écran immense et une table avec des ordinateurs. Viendront s’installer de dos Arkadi Zaides et Emma Gioia. Ils sont calmes. Emma s’assoie en demi-tailleur sur sa chaise, et ils cliquent. Mécaniquement, ils cliquent. Et là le processus se met en place et prend dans sa durée sa part de nausée.

Les morts sont des coordonnées GPS. L’idée est de rendre leurs noms aux morts. 40.500 c’est un chiffre, mais c’est surtout 40.500 fois un humain. Imaginez, une petite ville, sous la mer. C’est cela que fait Necropolis, sans culpabilité, sans pathos, sans ajout : les nommer, un par un. Alors pas tous, il y a en trop. Et ça il faut l’encaisser. Pas tous.

Necropolis est comme le résultat d’une enquête policière. Il s’agit de faire le lien entre une sépulture fragile et un nom. Alors on zoome, les coordonnées GPS nous amènent à voir une carte, et on avance, et on marche dans le cimetière, jusqu’à la tombe, on se recueille, et le zoom fait machine arrière.

Le mouvement de ces points qui deviennent des cadavres opère le même geste en nous : Necropolis nous transperce jusqu’à l’écoeurement.

Du symbole au corps

« Comment en sommes nous arrivé.ées là » est la question qui est posée. Et ce sont les morts eux-mêmes qui nous parlent dans une danse macabre où un cadavre reconstitué se met à vivre en 3D.  Pendant la Shoah, le monde a découvert, quand il a voulu entendre, que des morts étaient sans corps et sans sépulture. Ici, Arkadi Zaides montre que l’ensemble de ces morts, ces « migrants » est un génocide dont nous n’arrivons pas  à mesurer le poids.  Il y a des corps, des bouts de corps, repêchés, décharnés. Il y a des sépultures. Mais il n’y a pas de noms. Ils deviennent grâce à Necropolis, des femmes, des hommes, avec un âge, et une cause de décès. L’un s’est jeté d’une fenêtre car il allait être expulsé après 15 ans passés à essayer d’avoir des papiers, un autre s’est noyé en espérant qu’ailleurs se serait mieux, et ainsi de suite.

Le tout est une tragédie, au sens grec, et quand le cadavre se met à danser, il est une Pythie qui nous demande d’être conscient du drame. 

Quand le spectacle s’arrête, personne ne bouge. Personne n’applaudit. Tout le monde sort, en silence. Necropolis est une cérémonie, c’est un mémorial, et il impose le respect le plus total.

Arkadi Zaides se place dans cette veine entre la performance et la danse qui prouve, c’est un combat très actuel, que mouvement n’est pas fait que de vivants.

Jeudi 24 et vendredi 25 juin à 18h et à 20h30-Studio Bagouet / Agora. Durée 1H. Réservations.

Visuel : Necropolis ©Vincent Staub

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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