Théâtre

Le FAB explose les frontières

Le FAB explose les frontières

11 octobre 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Pour sa deuxième édition, le Festival International des Arts de Bordeaux Métropole s’empare une nouvelle fois de l’espace public pour l’étendre et en même temps le rapprocher. Hier soir, un focus Moyen Orient a permis, de Lormont à Saint Médard de questionner les libertés de circulation.

[Rating=5]

Tout l’enjeu du FAB est là : faire circuler. La programmation, pensée par Sylvie Violan, directrice du Festival International des Arts de Bordeaux Métropole, et directrice du Carré-Colonnes, scène cosmopolitaine, est limpide : pendant trois semaines, 40 lieux proposent 33 spectacles dont 27 créations ou premières en France. Alors il faut rouler, prendre le tramway, le bus, co-voiturer pour faire entendre que la culture est une question de territoire.

De ce point de vue, Talos de l’israélien Arkadi Zaides est exactement à la bonne place. Dans cette performance sous forme de conférence, le chorégraphe met les hommes en mouvement. Ou plutôt, des petits points bleus et des petits points noirs bien répartis de façon inégale de part et d’autre d’une frontière. Derrière lui, un grand écran nous montre de façon ultra simplifiée comment les gardes-frontières gardent au mieux … les frontières. Talos est un projet glaçant soutenu par l’Union Européenne, qui, jusqu’en 2012 visait à construire des robots pour remplacer les hommes à ces postes. Au fur et à mesure que la pièce avance, on entre dans l’humain par la radicalité. Des images vues par avion ou drone se mêlent aux schémas enfantins. Les points bleus deviennent des exilés, des femmes, des enfants, des hommes qui fuient. En ne posant jamais la question du pourquoi du départ, Arkadi Zaides tape juste. En se plaçant du côté ultra-sécuritaire de la frontière il dénonce sans jamais le dire, les mauvais traitements fait à ceux qui arrivent, via la forêt ou la mer, fuyant une horreur plus dure encore que leur voyage infernal.

L’exercice est volontairement aride et froid. Il fonctionne particulièrement car il vient traiter d’un sujet ultra sensible, ultra actuel. Impossible alors, de glisser dans l’émotionnel ou le figuratif, cela rendrait la pièce cotonneuse. Zaides nous confronte et nous affronte, en utilisant la danse, ici, uniquement la danse des symboles, comme arme de dénonciation politique.

Quelques kilométrés plus loin nous entraînent justement à la frontière israélienne, au Liban. The Jokers était donné hier soir en création mondiale au Carré Colonne, lieu névralgique du FAB. Cette pièce de Zoukak Theatre Company est digne de l’univers de David Lynch. Nous pourrions être dans la scène du Silencio dans Mulholand Drive, sur-titrée en arabe. Mais quel étrange endroit ! Un cabaret où les perruques sont posées sur des têtes d’animaux, qui semblent ne pas avoir été portées depuis longtemps est le théâtre des tribulations émotionnelles de quatre créatures. Gigi, Victoria, Jamilé sont en front row, dans au choix des costumes les féminisant ou les masculinisant. Ici, le genre est flou et sur la scène qui surplombe le plateau, au fond, un chanteur donne le « la » rock et saignant de cette histoire.
Jokers, c’est autant le méchant dans Batman que la dernière carte à jouer. Nous sommes ici dans l’allégorie du pire. La lumière est en halo, elle cherche le glam mélancolique et le touche souvent.
Il est questions de naissances non désirées, de pères inconnus, de mères insatisfaisantes. Il est évidemment question de ce pays dont le nom d’une ville fut longtemps synonyme de dévastation. C’est Beyrouth… Il n’y a pas de public dans ce cabaret aussi abandonné que celui de Bagdad Café. Ils errent . Et quand le spectacle se termine dans une étrange suspension, il laisse d’abord un goût de frustration avant de comprendre. Et si les jokers étaient en réalité des fantômes ?

Le FAB se poursuit jusqu’au 25 octobre avec une programmation folle. Marcial Di Fonzo Bo, Yan Duyvendak, Marlène Monteiro Freitas vont entrer en scène. Allez-y, c’est à 2h04 de Paris !

Tout le programme est ici.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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