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GIORDA L’HYPNOTISEUSE : « Pour moi l’hypnose, c’est réussir à faire du bien au gens »

GIORDA L’HYPNOTISEUSE : « Pour moi l’hypnose, c’est réussir à faire du bien au gens »

03 mars 2020 | PAR Jérémie Laurent-Kaysen

Tout le monde connait aujourd’hui l’hypnose, si ce n’est de nom, grâce à la notoriété que cette discipline a acquise à travers des shows télévisés et des figures emblématiques, comme Messmer. Mais saviez-vous qu’il n’existe qu’une seule hypnotiseuse en France ? Giorda exerce ses talents depuis quelques années dans un monde uniquement masculin. A travers son hypnose bienveillante, elle veut sensibiliser les gens sur le pouvoir des mots, de la suggestion sur l’esprit humain.

Comment est né le personnage de Giorda l’hypnotiseuse, vous qui êtes comédienne au départ ?

Alors Giorda, c’est très simple : C’est  mon nom de famille. J’avoue que cela me tenait à cœur de le garder.
Pour l’hypnose, tout a commencé par ma rencontre avec Léo Brière, considéré comme le meilleur mentaliste de sa génération. Dans son show, il y avait vingt minutes d’hypnose. Même si de mon côté j’ai toujours pratiqué l’auto hypnose, je n’en avais jamais vue en spectacle, et j’avoue qu’il n’est pas facile de se laisser aller, de s’abandonner à un inconnu. Mais comme j’avais confiance en Léo, j’ai tenté. Et j’ai  été hypnotisée ! Mais je me suis tout de même réveillée à un moment sur scène. A la fin du spectacle, j’avais une multitude de questions. Moi aussi je voulais hypnotiser, faire vivre au public une expérience hors du commun, partager avec lui ce moment unique. Je lui ai fait part de mon envie de développer une hypnose bienveillante, sans ridicule, de mon envie de « réveiller » les gens, pour les rendre conscients du merveilleux potentiel présent en chacun d’eux.
Léo Brière m’a dit alors cette phrase magique : « Si tu veux, j’essaie de te former, et on voit ce qui se passe. En plus, ça peut être un beau challenge, car en France, sur scène, en solo, il n’y a encore aucune femme hypnotiseuse ».

Voilà comment a débuté mon aventure.
J’ai également lu des bouquins, assisté à des conférences, organisé  avec mes proches et amis ce que j’appelle des « Hyp training ». Et après moult sessions, j’ai enfin réussi à hypnotiser une première personne, mon premier sujet. C’était incroyable. Un mélange d’effroi, de fascination et d’excitation. Je me souviens avoir pensé « j’ai un super pouvoir ! Je suis un super héros ».
Ce qui est fascinant aussi dans l’hypnose, c’est que rien n’est jamais pareil. Chaque personne est unique, et va donc vivre l’aventure à sa manière. Certains vont être plus réceptifs à la voix, d’autres au regard. Mais c’est avant tout un rapport de confiance.
Comme toute discipline, l’hypnose nécessite de l’entraînement, une rigueur et surtout une déontologie. Au fur et à mesure que je pratique, j’identifie des signaux chez les gens, j’analyse leurs comportements. Tout est dans l’observation, et elle doit être rapide. Mon premier show s’est déroulé le 26 novembre 2018 et il s’est très bien passé. C’est à ce moment-là qu’a vraiment commencé mon aventure d’hypnotiseuse.

Sur l’affiche il est inscrit que vous êtes « la première hypnotiseuse de France ». Est-ce vrai ? Comment cela se fait-il qu’il n’y en ait pas d’autres ?

Avez-vous remarqué que lorsque que vous tapez « hypnotiseuse » sur internet, Google vous corrige et vous propose « hypnotiseur » ? C’est incroyable, non ? À ma connaissance, il y a des hypnotiseuses sur scène, mais elles sont en duo ou en groupe. Seule, pour le moment, il n’y a que moi. Attention, je parle d’hypnose de spectacle, pas d’hypnothérapie car bien sûr il y a des femmes hypnothérapeutes.

Je pense que l’hypnose, même si elle existe depuis très longtemps reste encore mystérieuse pour le public. Et l’inconnu peut faire peur. En tant qu’hypnotiseuse, je dois donc vraiment en imposer dès le début du spectacle. Faire comprendre au public que je suis là pour lui et avec lui, qu’il peut me faire confiance.
Un homme sur scène peut déjà rassurer, peut-être grâce à sa force physique naturelle. C’est vrai que lorsque vous endormez les gens, il faut savoir les retenir et les accompagner en douceur au sol. Ce que j’arrive pourtant faire complètement toute seule !
Mais à mon avis, il faut aussi du cran.
L’hypnose peut entrainer des abréactions, c’est-à-dire des décharges émotionnelles. Il faut savoir et pouvoir les gérer. En spectacle, le public vient avec son humeur du moment, et parfois cela peut donner des choses absolument surprenantes et toujours inattendues. Etre seule sur scène face aux imprévus, et je peux vous assurer qu’en hypnose ils sont nombreux et variés, n’ayant aucun assistant, je dois être entièrement avec les personnes qui partagent la scène avec moi, veiller à ce qu’elles vivent une belle expérience et en ressortent heureuses. 

En quoi l’hypnose réalisée par une femme peut-elle diverger de celle réalisée par un homme ?

J’aime la vie, j’aime les gens, et j’ai besoin de les toucher pour ressentir leur énergie. Peut-être que si j’étais un homme ce serait plus compliqué. Ce contact avec les personnes qui sont sur scène avec moi, me permet de les rassurer, de me connecter à eux et de partager, car c’est vraiment un moment de partage que nous vivons ensemble. De plus, je connais la scène, car je suis également comédienne. Je sais jouer avec ma voix, avoir la répartie nécessaire, improviser. En début de show je suis Giorda l’hypnotiseuse, presque autoritaire mais jamais agressive. Une fois que tout est lancé, je suis juste moi, je ris avec eux et non d’eux, je suis spectatrice de ce qu’ils m’offrent. 

Mon but, à travers l’hypnose de spectacle, est de montrer que oui, l’hypnose ça existe, c’est réel et grâce à elle on peut aller bien, aller mieux, et laisser s’exprimer le merveilleux potentiel enfermé en chacun de nous. Si l’hypnose permet à des inconnus de croire qu’ils peuvent voler, ou de rire à gorge déployée, alors soyez convaincus qu’elle peut servir à des choses plus profondes et très utiles.
A travers mon hypnose, j’essaie de sensibiliser le public sur le pouvoir des mots sur l’esprit humain, et les convaincre que si l’hypnose de spectacle existe, l’hypnothérapie également. D’ailleurs je pense que ces deux disciplines peuvent être complémentaires car elles ont toutes les deux le même objectif : Faire du bien. Tout le monde est réceptif à cette hypnose.

Une fois la confiance acquise avec le public et les personnes qui deviennent les vedettes de mon show, en tant que femme, je pense que les gens s’abandonnent plus facilement. Je peux me permettre plus de choses qu’un homme, dans le jeu, la blague, les improvisations.
A la fin du spectacle, j’aime parler avec les gens, les rencontrer. Certains se laissent même aller à des confidences, comme s’ils voulaient prolonger ce sentiment de bien-être et de partage que nous avons partagé sur la scène. Une femme inspire peut-être une confiance plus intime.

Ne craignez-vous pas d’être connue uniquement pour ce que vous représentez, c’est-à-dire la « première femme hypnotiseuse de France » et non pour votre talent ?

L’essentiel est d’exister.
Que l’on vienne parce que je suis la première ou parce que je suis une femme, cela m’importe peu. Ce qui m’importe, c’est de faire vivre aux gens un moment unique, et qu’ils ressortent de mon show heureux et fiers. Le reste, c’est du superflu, de la com avec laquelle il faut savoir jouer, surtout à Paris où nous avons la chance de baigner dans une culture diverse et variée, et où il n’est pas toujours facile de se démarquer, et de perdurer. Oui, ce qui fait venir les gens c’est la com. mais ce qui les fait rester, c’est toi.

Et comment est le contact avec vos confrères hypnotiseurs ? N’est-ce pas difficile d’être une femme dans ce milieu masculin ?

Pas du tout, au contraire ils sont très curieux !
J’ai eu pas mal de messages de la part d’hypnotiseurs afin d’échanger sur l’hypnose, comment la faire évoluer. Beaucoup sont également venus me voir en spectacle. C’est toujours très intéressant et enrichissant de rencontrer quelqu’un qui exerce le même métier que vous. Femme ou homme je pense que cela n’a pas beaucoup d’importance.
Je suis la seule, alors peut-être que je dois prouver plus de choses, être aussi talentueuse qu’un homme, si ce n’est plus, pour avoir ma place.

Dans les shows ou les spectacles de magie, les femmes doivent souvent être plus agréables à regarder qu’applaudies pour leur talent, comme on peut le voir avec les assistantes de magicien. Que pensez-vous de ce fait ? A votre échelle d’hypnotiseuse, comptez-vous agir pour que ce regard change ?

Les choses changent naturellement et progressivement. Regardez, je suis sur scène. Le fait qu’il y ait une femme dans l’hypnose, est déjà un changement. Alors oui, certaines traditions sont difficiles à changer entièrement, surtout dans le conscient collectif. Je ne suis pas sûre qu’une magicienne assistée d’un bel assistant soit perçue de la même façon qu’un magicien avec son assistante. L’assistant deviendrait un homme objet, alors qu’une assistante, c’est normal, c’est ancré dans nos cerveaux.
Par contre, je tiens à préciser que même si l’hypnose est répertoriée dans la catégorie magie/mentalisme, il n’y a rien de comparable ; l’hypnose n’est pas magique, à part dans mon cœur peut-être… Non l’hypnose est un savoir-faire réel ! Aucune illusion, aucune manipulation.

Il est vrai que la magie, le mentalisme et l’hypnose sont essentiellement pratiqués par des hommes. Peut-être est-ce simplement un domaine qui n’attire pas les femmes, ou qu’elles n’en n’ont jamais eu l’idée.
Si je n’avais pas rencontré Léo, je ne suis pas sûre qu’aujourd’hui je serais devant vous. Et pourtant je me suis toujours intéressée à l’hypnose, mais je n’avais jamais songé à la pratiquer sur scène, alors que j’ai toujours fait de la scène. Être sur scène pour pratiquer l’hypnose, la rendre accessible au public, afin qu’il ne la craigne plus, mais qu’au contraire il y trouve un moyen de se révéler, c’est merveilleux !
Je suis fière d’être une femme et je pense que parce que je suis une femme, ma réussite sera joliment différente, pas meilleure, juste différente.

A partir du 5 mars, vous pourrez retrouver GIORDA tous les jeudis à l’Apollo Théâtre. L’occasion de la découvrir dans son show « Giorda vous hypnotise », et ainsi vivre une expérience unique, tout en douceur et bienveillance.

Visuel : ©LaetitiaGiorda

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Jérémie Laurent-Kaysen
Après deux années de classe préparatoire en Lettres et une licence Humanités, lettres et sciences humaines, il réalise actuellement un Master de Journalisme Culturel à Paris X. Il est rédacteur pour Toute La Culture depuis novembre 2019.

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