Performance
« Elisabeth Gets Her Way » : Jan Martens danse le talent avec talent

« Elisabeth Gets Her Way » : Jan Martens danse le talent avec talent

02 octobre 2021 | PAR Simon Gerard

Avec Elisabeth Gets Her Way, performance programmée à Marseille dans le cadre du Festival Actoral, Jan Martens se fait l’humble réceptacle d’une œuvre qui nous dépasse toutes et tous : celle d’Elisabeth Chojnacka, claveciniste majeure du XXème siècle, dont le travail rigoureux et le talent inouï en a fait la muse des plus grands compositeurs modernes. Humble interprétation de Jan Martens, certes – mais l’humilité ne l’empêche pas d’être virtuose.

Ce n’est pas l’interprétation à laquelle on pense. Ne croyons pas que Jan Martens ne fait que danser sur la musique jouée par Chojnacka ; il danse sa manière de jouer, sa personnalité. De même que la prestance et la présence de la claveciniste permettait a son public d’apprécier la plus aride des partitions, de même, Martens rend la danse prenante. Même quand elle ne bouge pas, même quand elle bouge trop, elle nous bouge.

Choisir une telle personnalité comme sujet d’une performance n’est au final pas si anodin : Jan Martens, comme l’interprète polonaise, joue sur scène de ce que l’on pourrait appeler sa « normalité ». C’est un corps neutre, à la musculature cachée, au visage simple, dont les transitions entre les danses sont des plus naturelles. Voir évoluer sur scène quelqu’un qui nous ressemble rend d’autant plus captivantes les séquences dansées virtuoses, extatiques et inventives.

Et qui enfin se priverait d’humour et de légèreté quand tout suggère un thème de niche, dédié à priori aux mélomanes de la grande musique ? Surtout pas Jan Martens, dont la nonchalance imprègne ses créations. Pensons à Ode to the Attempt, dans laquelle Martens essayait des microdanses aux thèmes et genres variés sans jamais promettre de les réussir. Ici les séquences vidéo choisies pour dresser le portrait de Chojnacka sont surannées et truculentes – en complète contradiction avec l’instrument dur et froid au cœur de la performance. C’est cet écart qui fascine, et dans lequel s’engouffre joyeusement Martens, afin d’offrir au public une performance d’une fraîcheur inattendue.

Visuels : Luis Xertu

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Simon Gerard

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