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Biarritz : « Fanny camina », les lumières d’Eva Peron, de Buenos Aires et du cinéma selon Alfredo Arias

Biarritz : « Fanny camina », les lumières d’Eva Peron, de Buenos Aires et du cinéma selon Alfredo Arias

02 octobre 2021 | PAR Olivia Leboyer
Fanny Camina

Tout jeune, par révolte, le metteur en scène Alfredo Arias avait fait partie des Jeunesses péronistes. Très vite, anticonformiste, il fuit cette dictature et s’exile aux Etats-Unis. En 1970, il met en scène la Eva Peron de Copi. La figure d’Evita cristallise fantasmes, passions, fanatismes : dans ce beau film, d’un noir et blanc soyeux, Alfredo Arias et Ignacio Masllorens captent la double fascination de l’actrice Fanny Navarro : pour Eva et pour le cinéma.

Fanny Navarro, née en 1920 dans un milieu modeste, devient actrice. « Maman, la caméra a fait un gros plan de moi« , entend-on. Des visages de poupées de porcelaine, le sourire fier de sa mère, une bouche d’égout dans lequel, un jour, l’aspirante comédienne serait tombée… Elle tombera pour de bon, après la mort d’Eva, surtout après la chute du régime en 1955.

« J’ai l’impression que toute ma vie a été une nuit. Une seule nuit, devenue jour dans un film, qui s’efface de la mémoire.«  déclare Fanny vers la fin du film. Son regard émerveillé s’est posé sur Eva Peron, dont elle est devenue un satellite. D’abord amoureuse du frère d’Evita, Juancito, Fanny est tombée sous le charme de la femme et de l’idéologie péroniste. « Le fanatisme, c’est ce qui vient du cœur » déclare-t-elle, tout à sa passion.

Silhouette de soie noire, Fanny (Alejandra Radano) glisse dans la Buenos Aires nocturne de ses souvenirs, sur l’avenue Corrientes, attachée à un vieux rêve. Le film nous montre les façades tristes des grands ensembles urbains, cette ville « qui n’a ni viscères, ni organes, qui est près de s’effondrer avec lenteur ». Fanny pose un pied sur l’étoile « Alfredo Arias », entre les années 1950 et notre époque, à cheval sur plusieurs imaginaires. Au générique, la ville de Buenos Aires est d’ailleurs créditée comme un personnage à part entière.

« Admire cette ville, c’est la seule que tu aies. » enjoint le personnage du modiste à Fanny. Admire les lumières de la ville, du cinéma, qui nous sauvent un peu de la réalité.

visuels: photo officielle du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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