Non classé
« Datadream » : rêverie numérique de Steven Michel

« Datadream » : rêverie numérique de Steven Michel

02 octobre 2021 | PAR Simon Gerard

Deuxième performance, deuxième solo, programmé dans le cadre du Festival Actoral à Marseille. Steven Michel, formidable danseur et interprète belge vu dans les créations de Jan Martens ou encore Théo Mercier, compose et imagine une exploration du corps, de ses frontières et de ses capacités face au territoire infini du numérique. Ici il s’agit plus précisément des data, flux de données exponentiels, impalpables et essentiels, sujet de tous les fantasmes.

Transmission de données rêvées

Il ne faut pas s’attendre à du Ryioji Ikeda – ici, pas de donnée en tant que telle ni d’interprétation visuelle immersive de celle-ci – bien au contraire. Datadream est un rêve humain sur les données. Celles-ci sont fantasmées, rattachée à des réflexes et raccourcis culturels. La rêverie s’installe par des couches de musique 8bit, des déformations de voix, un océan de glitches… Et comme au revers cauchemardesque de cette rêverie, de la neige cathodique, des bugs, des crashs, des alertes.

On a comme l’impression d’un thérémine inversé : le danseur est contrôlé par les ondulations du flux sonore. Certes, on ne réinvente pas la danse en livrant son corps à la musique – mais une nuance subtile s’installe dans Datadream : plutôt que de musique on exploite du son, et plutôt que de danse on traite du mouvement. Steven Michel est un conducteur électrique ultrasensible : il reçoit des impulsions sonores pour en décharger l’énergie vers le spectateur.

Dans la jungle des datas

C’est dans cette saturation visuelle et auditive qu’évolue donc Steven Michel, comme un étrange explorateur de rêve – yeux grand fermés, énorme sac à dos, petits pas prudents. On croit voir dans ce voyage chorégraphique la volonté pour le corps humain, vivant et organique de s’affirmer, se distinguer et s’extirper de ces vagues abstraites. Piégé et à la merci des informations qui le submergent, le corps se dévêtit, fatigue, fusionne avec l’environnement. Il lutte.

Et quel soulagement de voir apparaitre l’humain en fin de performance. Sous une lumière crue, sa présence réelle irradie la salle, le visage neutre, les yeux ouverts. Car évidemment, ce n’était qu’un rêve.

Visuel (c) Laetitia Bica 

Inner City Basement, le Sombre Post-Punk
« Elisabeth Gets Her Way » : Jan Martens danse le talent avec talent
Simon Gerard

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture