Performance
Bonheur entrepreneur, le dîner en ville d’Ariane Loze passe par Actoral

Bonheur entrepreneur, le dîner en ville d’Ariane Loze passe par Actoral

04 octobre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Vous vous souvenez ? Entre deux confinements, les lieux culturels étaient ouverts pour les professionnels. Nous avions alors découvert en novembre au TCI les répétitions du nouveau travail de la plus schizophrène des performeuses, Ariane Loze ! La voici toujours aussi caméléon à sa table chic à parler travail, au Festival Actoral, qui se tient à Marseille jusqu’au 9 octobre.

Ce qui amuse la vidéaste belge (oui vidéaste au départ !) c’est d’être plusieurs à la fois. Qu’elle soit en train d’escalader le toit du T2G comme si c’était le Mont Blanc dans Les Hauts Plateaux ou en train de se faire passer un savon par elle-même (mais de façon feutrée !) en réunion dans Profitability, c’est toujours elle qui est un ou une autre. Pour Bonheur Entrepreneur, elle s’est amusée à écouter le monde du travail essentiel. Là où c’est comique, c’est que la performance a vu le jour en plein arrêt mondial sur image. Tout part de la Une d’un journal posant une question à l’apparence cruciale : Etre heureux rend-il plus productif ?

Alors, Ariane Loze prend la question au sérieux (un peu !) et tente d’y répondre avec un humour cinglant, une autodérision magistrale et un don de transformation indéniable !

En répétitions en novembre, le projet était encore en construction, mais le texte totalement décalé d’Ariane Loze et Nina Leger, la caméra de Enzo Addi et la batterie de Steve Argüelles étaient déjà bien là. Aujourd’hui, les hésitations de formes d’Ariane ont disparu. Ce n’est ni du théâtre ni du cinéma, c’est une performance qui utilise les techniques du cinéma pour faire passer son message : la dénonciation de notre réel, bouffé par le travail.

Plusieurs personnages discutent donc autour d’une table bien dressée, nappe blanche, verres à pied et soupière en porcelaine. Cela se veut guindé mais la  bataille gronde. On n’est pas à l’abris qu’un des protagonistes quitte avec fracas le repas !

Elle est donc tous ou toutes, cela n’est pas défini. Le chef dictatorial, le Gentil Organisateur, celui qui médite… Le visage d’Ariane et ses cheveux roux sont une peinture flamande. Elle seule crève l’écran pendant que dans sa bouche se déroule des phrases débiles, iconiques de notre temps : « réussir c’est dépasser ses objectifs », « un objectif commun partagé », « il faut combattre le stress »… Elle est l’image parfaite de cette injonction très années 80 :  « réussir sa vie ».

Ce qui n’est ni vide, ni idiot c’est le spectacle en lui-même qui manie avec perfection le champ/contre champs et les coulisses à vue. La voir entrer et sortir d’un personnage fait partie du jeu, celui qui dit que ce monde-là, celui de l’entrepreneuriat est lui aussi un jeu dont il ne faut jamais être dupe.

La pièce se donnait les 3 et 4 octobre au Ballet National de Marseille.

 

Visuel : ©Mathilde Delahaye

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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