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Journée Saint-Saëns à Royaumont

Journée Saint-Saëns à Royaumont

04 octobre 2021 | PAR Gilles Charlassier

Dans le cadre du centenaire de la mort de Saint-Saëns, l’édition 2021 du Festival de Royaumont se referme sur une journée autour du compositeur et de son siècle, entre musique de chambre, en compagnie de Fanny Clamagirand, et répertoire vocal, avec Les métaboles.

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Le Festival de Royaumont est un creuset d’explorations et de découvertes, tant en termes de création que dans l’approche du répertoire, grâce en particulier à des résidences d’artistes et des académies de perfectionnement, dans le cadre propice de l’abbaye, avec le soutien de la Fondation Royaumont. En cette année 2021, la violoniste Fanny Clamagirand et la pianiste Vanya Cohen font partie des pensionnaires, et proposent, ce dimanche 3 octobre matin, dans la salle des Charpentes, un programme autour de Saint-Saëns, dont on commémore cette année le centenaire de la disparition.

Articulé essentiellement autour du corpus moins connu des mélodies du compositeur français, le concert s’ouvre sur une Valse nonchalante pour piano solo, avant un florilège défendu par la mezzo-soprano Anne-Lise Polchlopek, lauréate – comme le pianiste Nicolas Royez, auquel sont dévolus quelques interventions – de la Fondation Royaumont. Succède à deux pages sur des poèmes de Hugo – Si vous n’avez rien à me dire ; L’attente – une Chanson triste sur des vers de Cazalis, avant Extase sur des mots de Hugo. Si la diction raffinée de la soliste n’est pas exempte d’un peu d’apprêt, sensible dans les premières mesures, l’épanouissement de l’attention au verbe et au sentiment colorent de manière vivante ces miniatures poétiques. Après un Feuillet d’album pour piano seul, La feuille de peuplier redonne vie aux rimes oubliées d’Amable Tastu. L’intériorité tendrement mélancolique de Hugo dans Rêverie est restituée avec une admirable délicatesse, tandis que Guitares et mandolines, sur un texte de Saint-Saëns lui-même, prend des accents ludiques teintés de folklore.

Le Triptyque opus 136 pour violon et piano donne d’emblée la mesure de la complicité entre le violon élégant et chantant de Fanny Clamagirand et le clavier de Vanya Cohen, laquelle se confirme dans la transcription du Prélude du Déluge, et dans la version pour violon et piano que Saint-Saëns a réalisée de la Danse macabre en 1877 – trois ans après l’orchestration de la version initiale, au format mélodie. La virtuosité de l’archet ne sacrifie jamais l’expression, et sert une lecture favorisant une certaine transparence. On retrouve ces qualités dans le Caprice que Ysaÿe a écrit d’après l’Etude en forme de valse opus 52 n°6 de Saint-Saëns, qui referme un récital, que l’on peut prolonger avec l’enregistrement, édité chez Naxos, que les deux musiciennes ont gravé ici même à Royaumont autour de la célèbre Danse macabre.

L’après-midi fait place à l’orchestre et à la voix dans le Réfectoire des moines. A la tête de l’Orchestre Régional de Normandie et de son ensemble Les Métaboles – complété par le Choeur de chambre du CRR de Cergy-Pontoise – , Léo Warynski ouvre par un pont avec la matinée, avec le Prélude de l’oratorio Le déluge opus 45, dont on avait entendu la réduction pour piano et violon. Cinq pièces vocales de Saint-Saëns – Ave verum corpus en mi bémol majeur ; Romance du soir opus 118 ; Calme des nuits opus 68 ; Les fleurs et les arbres opus 68 ; Des pas dans l’allée – rappellent, par la clarté de la mise en place et le soin dans la définition de la ligne, les ressources des Métaboles et l’intelligence instinctive de l’écriture chorale du chef français.

Commande de la Fondation Royaumont, avec le soutien de Christine Jolivet, fille du compositeur André Jolivet, BL.ND de Basile Chassaing, ancien lauréat de Voix nouvelles, tire son inspiration d’un roman de José Saramago, L’aveuglement. Conçu pour seize voix spatialisées au titre où la voyelle a été gommée, ce micro-oratorio se donne comme une entropie sur l’effacement progressif des vocables, après une montée vers une sorte de climax où affleure une phrase en anglais, dont le sens et la diction échappent cependant à la perception précise. L’idée dramaturgique de l’ouvrage ne manque pas d’intérêt, mais le primat de l’effet sur le texte se révèle finalement assez frustrant, quand l’intention consiste à jouer sur cette interaction avec les mots. Après l’entracte, l’Oratorio de Noël opus 12, œuvre de jeunesse de Saint-Saëns, se caractérise par un éclectisme esthétique qui affirme ses qualités, évoquant parfois l’héroïsme et le contrepoint de Haendel, dans le dernier tiers de la partition. On pourra saluer l’investissement des cinq solistes – la soprano Jeanne Crousaud, le mezzo Emilie Rose Bry, l’alto Mathilde Legrand, le ténor Pierre-Antoine Chaumien et le baryton Jean-Christophe Jacques – dans cette redécouverte à la portée peut-être d’abord documentaire. La curiosité est une vertu que Royaumont prend le risque de cultiver – et c’est finalement heureux.

Gilles Charlassier

Festival de Royaumont, concerts du 3 octobre 2021.

© Manuel Braun

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Gilles Charlassier

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