Opéra
Une Somnambule aux confins de l’onirisme au Théâtre des Champs Elysées

Une Somnambule aux confins de l’onirisme au Théâtre des Champs Elysées

28 juin 2021 | PAR Gilles Charlassier

Le Théâtre des Champs Elysées referme sa saison avec une nouvelle production de La somnambule réglée par Rolando Villazon, sous la direction de Riccardo Frizza. Le rôle-titre est tenu par une Pretty Yende à la musicalité virtuose.

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Le public parisien applaudissait le ténor. C’est en metteur en scène que Rolando Villazon revient à Paris, au Théâtre des Champs Elysées, pour une nouvelle production de La somnambule refermant une saison marquée par la crise sanitaire. La décantation dramaturgique de l’opéra de Bellini se retrouve dans la scénographie de Johannes Leiacker. Tel une terrasse vers les cimes et l’onirisme, le cadre montagnard est fondu dans un décor unique de salle commune meublée de portes, et propose une habile fusion entre épure et suggestion symbolique, sous les lumières calibrées par Davy Cunningham, lesquelles accompagnent les mélancoliques modulations entre émotion collective et repli intimiste. Cette dialectique entre l’individu et le groupe social se retrouve dans une direction d’acteurs efficace, qui n’oublie pas le travail formel sur les foules, d’une dynamique visuelle appréciable, presque chorégraphique, qui peut rappeler autant Laurent Pelly que Willy Decker. Les mouvements de danse réglés par Philippe Giraudeau sont essentiellement dévolus aux doubles fantasmatiques d’Amina, aux allures de wilis, qui hantent tantôt les crêtes enneigées du songe, tantôt l’agora de l’auberge, et contrebalancent le puritanisme suggéré par la sobriété du vestiaire dessiné par Brigitte Reiffenstuel. L’économie de cette lecture qui ne cherche pas la transposition superflue trouve son issue dans un finale à rebours du réveil heureux de la somnambule : Elvino convole avec Lisa et Amina prend sa valise sous la protection de Teresa, sa mère adoptive. Telle une parenthèse thérapeutique quasi psychanalytique, l’entremise de Rodolfo ne saura permettre au rêve d’infléchir la réalité.

Dans le rôle-titre, Pretty Yende séduit par la pulsation souple de son soprano aéré et fruité, conjuguant couleurs et légèreté, avec un instinct musical certain. Virtuoses, mais sans ostentation gratuite, les ornementations  de sa grande scène de somnambulisme laissent affleurer le frémissement contradictoire des sentiments avec autant de tendresse que de jubilation de la ligne vocale. Francesco Demuro lui oppose un Elvino jaloux et orgueil, à la vaillance parfois non exempte de raideur qui sert parfaitement la caractérisation du personnage. En Rodolfo, Alexander Tsymbalyuk impose une basse solide, à la carrure indéniable, moins sensible qu’un Michele Pertusi, mais à non dénué de l’aura que l’on attend de la supériorité conférée par la science devant la superstition villageoise. Annunziata Vestri résume, avec homogénéité, la bienveillance de Terera. D’un timbre plus sombre contrastant efficacement avec Pretty Yende, Sandra Hamaoui condense la vigueur de la rivale Lisa, dont le rôle ne subit aucune des coupures parfois pratiquées. Marc Scoffoni définit sans faiblesse un Alessio transi mais non soumis. Préparé par Sylvie Leroy, et complété par la Maîtrise des Hauts-de-Seine, le Choeur de Radio France, qui fournit avec Jeremy Palumbo l’intervention du notaire, remplit son office en synchronie avec la mise en scène. Dans une fosse élargie aux dimensions de la crise sanitaire, les pupitres de l’Orchestre de chambre de Paris, sous la baguette experte et élégante de Riccardo Frizza, mettent en avant la cohérence dramatique et belcantiste de l’oeuvre, quitte à assagir un peu quelques accents. Le raffinement de Bellini n’est pas trahi.

Gilles Charlassier

La Somnambule, Bellini, mise en scène : Rolando Villazon, Théâtre des Champs Elysées, du 15 au 26 juin 2021.

© Vincent Pontet

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Gilles Charlassier

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