Opéra

Une sage « Traviata » à la Scala de Milan

Une sage « Traviata » à la Scala de Milan

08 mars 2017 | PAR Julien Coquet

Du 28 février au 14 mars 2017, le Teatro alla Scala propose une mise en scène (très ?) classique de l’ouvrage le plus connu de Verdi. De bons chanteurs et une très bonne direction musicale font de cette Traviata un bon moment.

Il est souvent difficile de succéder à une grande star. On se souvient, il y a peu, de Stuart Skelton qui avait pris la suite de Jonas Kaufmann dans le Lohengrin présenté à l’Opéra Bastille. Comparaisons, déceptions de ne pas voir le retour de Jonas, etc. concouraient à regretter de ne pas voir celui que tout le monde souhaite entendre. C’est un peu la même chose, ici, en ce moment, au Teatro alla Scala où inversement, une grande star prendra la suite d’une chanteuse plutôt peu connue. En effet, vendredi 3 mars dernier, Ailyn Pérez chantait devant le public milanais une Violetta Valéry, avant celle d’Anna Netrebko (qui chantera le rôle dès le jeudi 9 mars).

Comparaison n’est pas raison mais, après avoir entendu Anna Netrebko en début de semaine à la Philharmonie de Paris avec son mari Yusif Eyvasov, force est de constater que la puissance n’est pas du tout la même. La voix est heureusement tout de même séduisante et la performance scénique, quelques fois surjouée, est loin d’être à renier. Les aigus sont maitrisés ainsi que la précision, notamment dans le Brindisi du premier acte. Lors du deuxième acte, la Violetta est toujours impressionnante mais l’acte final manque un peu d’émotion.

Son amant sur scène, Alfredo Germont (Ivan Magri), épris d’une prostitué au grand dam de son père, est convenable sans toutefois déchaîner l’enthousiasme. On admirera la puissance de la voix mais l’émotion du personnage, brisé, croyant être trahi par celle qu’il aime, n’est pas vraiment là.

Le vrai héros de la soirée est sûrement le père d’Alfredo, Giorgio, interprété par le vénérable Leo Nucci, qui livre au cours du second acte un très beau duo avec Violetta. Tout y est pour interpêter et chanter le personnage : un homme à la fois repoussant et protecteur, qui tient à la réputation de sa fille.

Enfin, saluons, tous les autres chanteurs, de la Flora Bervoix de Chiara Isotton au Barone Douphol de Costantino Finucci en passant par de nombreux chanteurs issus de l’Académie de l’opéra (Annina de Chiara Tirotta et Gastone d’Oreste Cosimo).

Du côté de la fosse, on craint un peu le pire à voir arriver si lentement et avec tant de mal le chef d’orchesre, Nello Santi (85 ans !!). Pourtant, la surprise est plus que bonne : bien que prenant l’ouvrage (et particulièrement le premier acte) à des vitesses plus lentes que d’habitude, le chef arrive à faire ressentir le pathos et la tristesse qui se dégagent de l’ouvrage de Verdi. L’articulation des différentes lignes musicales livre un prélude très émouvant. L’Orchestra del Teatro alla Scala souligne et appuie parfaitement le propos des chanteurs, il n’est jamais là pour lui-même mais plutôt « au service de ».

La mise en scène de Liliana Cavani ne s’aventure pas dans la recherche et l’interprétation du livret. On ne peut plus classique, les décors (très beaux) comme la direction d’acteurs sont une parfaite et fidèle transcription du livret. Sans susciter un extrême intérêt, Liliana Cavani parvient à monter de jolis tableaux, notamment lors des scènes de chœurs (joli chœur des bohémiennes et des matadors).

La Traviata de Giuseppe Verdi au Teatro alla Scala (Milan) le vendredi 3 mars 2017. Direction musciale de Nello Santi et mise en scène de Liliana Cavani.

Visuel : © Marco Brescia & Rudy Amisano

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Julien Coquet

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