Opéra
Une Juditha Triuphans sensuelle, colorée et irrésistible par L’Ensemble Matheus au Théâtre des Champs Elysées

Une Juditha Triuphans sensuelle, colorée et irrésistible par L’Ensemble Matheus au Théâtre des Champs Elysées

12 février 2020 | PAR Yaël Hirsch

Ce mardi 11 février, l’Ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi et le Chœur de chambre Mélisme(s) donnaient une version concert et flamboyante de l’Oratorio d’Antonio Vivaldi, La Juditha Triumphans (1716) au Théâtre des Champs Elysées. Avec l’extraordinaire Marie-Nicole Lemieux dans le rôle-titre et une série de voix de femmes remarquables, mais surtout avec un orchestre jouant cette belle œuvre avec mille nuances et couleurs, la soirée a gravé dans les cœurs un grand moment de musique baroque.

Composée par le « prêtre roux » pour uniquement des voix de femmes : les jeunes filles de l’Ospedale della Pietà pour célébrer la victoire du chef des armées vénitiennes, le maréchal Matthias von Schulenburg, sur les Turcs à Corfou, La Juditha Triumphans (1716) est un oratorio en latin qui suit le texte biblique relatant l’histoire biblique de Judith, sur un livret de Iacopo Cassetti. Hier soir, l’Ensemble Matheus, Jean-Christophe Spinosi, les solistes et le Chœur de chambre Mélisme(s) nous ont fait entendre les mille nuances et les rythmes de cette œuvre en deux actes symétriques (1h10 chacun) et sublime de bout en bout… Dès les première notes, Jean-Christophe Spinosi enjoint à la nuance : si les chanteuses sont toutes pâles et blond vénitien sauf Holopherne et si l’œuvre célèbre la victoire de Venise sur les Turcs, certes, c’est à la guitare, par un jeu de cordes presque orientales que commence cette version de la Juditha Triumphans. Après le siège de Béthulie, le chef assyrien Holopherne (Sonia Prina bientôt en interview pour Toute la Culture) a vaincu les Hébreux. Accompagné par son fidèle valet Vagaus (Ana Maria Labin, révélation pour nous ce soir-là), le vainqueur s’éprend d’une des veuves parmi les vaincus, la sublime Judith (Marie-Nicole Lemieux, royale tête d’affiche)…

Pendant un acte, il cherche le repos auprès de Judith. Et quand il s’endort elle le vainc en lui tranchant la tête. Avec un chœur merveilleux dès les premières notes (et jusqu’aux dernières) une Judith époustouflante, avec une Marie-Nicole Lemieux impressionnante de technique et de maîtrise de part en part, l’énergie rock et le jeu d’actrice si vivant de Sonia Prina, la force de la voix de Anna Maria Labin) et la délicatesse de Bendetta Mazzucato en Alba, avec aussi la manière dont le chœur et l’orchestre on vécu pour nous chaque variation d’une musique jamais répétitive, cet oratorio de Vivaldi a brillé de mille couleurs.

Posant son instrument à cordes près de son pupitre dès l’ouverture, Jean-Christophe Spinosi a proposé trois moments clés de duo entre un soliste et un instrument qui a donné du corps et du mouvement à cette version concert, de même les violoncelles et violes de gambe se sont étalés dans le deuxième acte pour nous laisser entendre la gravité. Amoureux de la matière, de la chaleur de cette musique sacrée, le chef et ses troupes ont su le rendre vivante, chatoyante, en refusant la simple interprétation vengeresse autour d’un acte violent et salvateur de l’Ancien Testament. A ce titre, si elle joue la décapitation en tapant sur son pupitre, Marie-Nicole Lemieux incarne dès le premier air « Quo cum Patriae me ducit amore », une suavité triste, une douceur résignée qui n’empêche si les éclats, ni les tourments humains : on entend évoluer son personnage et c’est extrêmement émouvant.

De même, Sonia Prina incarne un Holopherne tonitruant pour finit dans la suavité grave du très beau « Nox in umbra dum surgit ». Et tout au long de l’oeuvre si le chœur incarne la voix stable du peuple, ce mouvement, ce sens de la nuance, cette chaleur baroque, c’est vraiment l’orchestre qui l’apporte, avec notamment mille sensations et sons sous le vengeur et virtuose exécuté air final de Vagaus « Armatae face et anguibus ». Les applaudissements et les saluts ont été aussi chaleureux que ce magnifique concert. 

 

visuel : Paul Fourier

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

One thought on “Une Juditha Triuphans sensuelle, colorée et irrésistible par L’Ensemble Matheus au Théâtre des Champs Elysées”

Commentaire(s)

  • HELENE ADAM

    « Posant son instrument à cordes  » ? Vous devriez demander des places plus près vous permettant de reconnaitre l’instrument dont joue Jean-Christophe Spinosi si vous l’ignoriez avant d’écrire cette curieuse critique où l’on peut lire également la phrase totalement obscure suivante : « Jean-Christophe Spinosi a proposé trois moments clés de duo entre un soliste et un instrument qui a donné du corps et du mouvement à cette version concert, de même les violoncelles et violes de gambe se sont étalés dans le deuxième acte pour nous laisser entendre la gravité ». Si vous voulez parler des solos instrumentaux ou des duos entre voix et instruments, c’est tout simplement dans la partition de Vivaldi. Mais je pense n’avoir pas compris ce que vous vouliez dire, vous m’en excuserez…

    février 18, 2020 at 14 h 22 min

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