Opéra
Une fille, un régiment et des gags à Avignon

Une fille, un régiment et des gags à Avignon

21 janvier 2020 | PAR Gilles Charlassier

L’Opéra d’Avignon met à l’affiche une nouvelle production de la Fille du régiment généreuse en voix et en gags réglée par le duo Shirley et Dino.

[rating=3]

Les travaux du bâtiment historique, sur la place de l’Horloge, dans le centre de la Ville des Papes, ne découragent pas l’Opéra d’Avignon de poursuivre sa programmation dans la structure temporaire de l’Opéra Confluence, à deux pas de la gare TGV, où l’on retrouve la diversité d’une saison qui, aux innovations parfois iconoclastes de l’avant-garde, privilégie le plaisir du public, novice comme confirmé. La Fille du régiment de Donizetti, réglée par Gilles et Corinne Benizio, alias Shirley et Dino, en coproduction avec Liège et Les folies lyriques, témoigne de cette veine, ici pimentée de gags.

Pour cette plongée non dénuée d’humour dans les guerres napoléoniennes recuisinée dans un goût assumé pour le cinéma italien de l’après-guerre, le couple comique tire habilement parti des contraintes de la scène intérimaire, entre autres grâce aux écrans et projections vidéographiques réalisés par le duo Id Scenes, Julien Meyer et Julien Cano, qui tapissent le plateau. Dès le lever de rideau, le ton est donné : l’hologramme de la Vierge Marie a le visage taquin de Shirley. Si les numéros d’audition improvisés par les deux compères, avec citations musicales anachroniques à la clef, feront mouche essentiellement sur leurs inconditionnels, le travail d’animation visuelle excite facilement les zygomatiques : dans la demeure de la marquise de Berkenfield, les figures des duettistes s’invitent dans la galerie des aïeux. Multipliant les gags, le spectacle ne manque pas de rythme et met l’illusion théâtrale au diapason de la confusion des genres, avec une duchesse de Crakentorp qui n’est rien d’autre que le majordome Hortensius déguisé, travestissement qui a l’avantage de suggérer également la vacuité des prétentions nobiliaires, comme l’irréalité de la duchesse et de son fils invisible. La faconde humoristique du spectacle sert, en fin de compte, une caractérisation efficace des caractères et des situations, et, édulcorant dans la dérision le patriotisme du livret, garantit un divertissement pour tous les publics.

La gourmandise comique va de pair avec celle de la musique. En Marie, le babil fruité et aérien d’Anaïs Constans fait palpiter une fraîcheur juvénile, mutine à l’occasion. Le Tonio de Julien Dran lui donne la réplique avec une vaillance qui a dépassé la raideur que l’on a parfois décelé dans l’émission du ténor français. La virtuosité des contre-ut de son air le plus célèbre est intelligemment amenée. Face à ce couple jouant habilement de contrastes complices, Marc Labonnette revendique un Sulpice solide, à la grivoiserie débonnaire. Julie Pasturaud déploie les inénarrables afféteries de la marquise de Berkenfield, flanquée de son majordome, Hortensius, campé par un João Ribeiro Fernandes aussi à l’aise dans l’habit domestique que sous les accoutrements et la caricature des accents gutturaux de l’allemand qui résument l’extravagance de la duchesse de Crakentorp. Dans la fosse, Jérôme Pillement accompagne la vitalité d’une partition qui offre l’avantage d’une distribution vocale resserrée. Une économie de moyens, mais non de plaisirs, qui assure à la Fille du régiment un succès que les adaptations contemporaines permettent de prolonger.

Gilles Charlassier

La fille du régiment, Donizetti, Opéra Grand Avignon, janvier 2020

©Cédric & Mickaël/Studio Delestrade

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Gilles Charlassier

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