Opéra

Un beau livre d’images pour la « Salomé » d’Olivier Py à Strasbourg

Un beau livre d’images pour la « Salomé » d’Olivier Py à Strasbourg

18 mars 2017 | PAR Julien Coquet

La scénographie signée Pierre-André Weitz, admirable tout le long de l’ouvrage de Richard Strauss, ne fait pas oublier qu’il est bien difficile de cerner les enjeux de la Salomé signée Olivier Py à l’Opéra National du Rhin. Heureusement, le plateau vocal et la direction orchestrale font oublier ce bémol.

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Lorsque Marc Clémeur, directeur général de l’Opéra National du Rhin, a demandé à Olivier Py et à son collaborateur Pierre-André Weitz le prochain ouvrage vers lequel ils souhaitaient se tourner, les deux compères ont sans hésiter cité Salomé. On retrouve dans l’œuvre de Richard Strauss l’alpha et l’oméga de la musique : Eros (sensualité de Salomé, danse des sept voiles, désir du beau-père envers sa belle-fille, etc.) et Thanatos (meurtre de Jochanaan et de Salomé, suicide de Narraboth, etc.), auxquels se rajoutent la religion (un immense « Gott ist tot » s’affichera lors du suicide de Salomé).

On se réjouira aussi du travail sur le souffle mené par l’équipe artistique : souffle des chanteurs, souffle de la puissance de l’œuvre, souffle des instruments à vents et aussi, souffle du vent, celui qui fait tout au long de l’œuvre frissonner Hérode et qui, par un dispositif ingénieux, envahira la salle de l’opéra.

Soulignons aussi la grande beauté de cette mise en scène. Sans trop en dévoiler, notons que les tableaux se succèdent : d’une forêt tropicale à un escalier monumentale en passant par une ville ou une église. Les décors, signés Pierre-André Weitz, font penser à ces livres en 3D pour enfants que l’on feuillette.

Malheureusement, le grand problème de cette mise en scène est l’absence de sens que l’on peine à lui donner. L’enchaînement des tableaux, quoique magnifiques, est pour le moins surprenant et ne sert pas vraiment l’œuvre : on met énormément de temps à rentrer dans l’ouvrage et, même en sortant, le spectateur est bien en peine d’expliquer ce qu’il a vu.

Helena Juntunen, pour sa prise de rôle, est une Salomé intéressante. Changeant régulièrement de costumes sur scène, la princesse se veut à la fois sensuelle et démoniaque. Le monologue final est impressionnant mais on aurait aimé peut-être un peu plus d’hystérie. Certes, Salomé n’est pas Elektra, mais le manque de puissance et des aigus quelques fois un peu trop hauts gênent. Indéniablement, la performance scénique est incroyable.

Le couple Hérode – Hérodiade présente un Tétrarque imposant et une femme un peu en retrait. Le jeu scénique de Hérode (Wolfgang Ablinger-Sperrhacke) est quelques fois un peu appuyé mais la voix est impressionnante : on sent que le personnage souffre des refus de sa belle-fille. Susan Maclean est aussi une belle Hérodiade à la voix chaude et ample tandis que Jochanaan de Robert Bork présente une carrure massive sur scène sans pour autant se faire oublier lorsqu’il est relégué dans sa citerne.

Enfin, saluons les nombreuses autres voix (du Page de Yael Raanan Vandor au Narraboth de Julien Behr) et surtout la direction musicale de Constantin Trinks qui mène l’orchestre dans cette « musique nerveuse, comme des hannetons dans le pantalon qui vous grimperaient le long des jambes » (Franz Strauss à son fils).

Visuel : © Klara Beck

Salomé de Richard Strauss à l’Opéra National du Rhin le jeudi 16 mars 2017. Direction musicale de Constantin Trinks et mise en scène d’Olivier Py.

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