Opéra

« Tristan » à l’Epée de Bois : Quand les Lunes Errantes dépoussièrent les vieux mythes

« Tristan » à l’Epée de Bois : Quand les Lunes Errantes dépoussièrent les vieux mythes

18 avril 2014 | PAR Céline Duverne

Voilà un vieux meuble de la mythologie occidentale qui prenait la poussière depuis Wagner et que l’on rechignait à sortir du grenier. Pouvait-on encore resservir les amoureux maudits sans risquer la soupe froide ? Cécilia Roumi, Ludovic Heime et Christophe Belletante, escortés par de jeunes interprètes de talent, s’y sont pourtant attelés avec un enthousiasme joyeux le 12 avril dernier, au Théâtre de l’Epée de bois. Le résultat est saisissant.

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Tristan

A l’origine, un pari intellectuel. L’œuvre médiévale n’étant pas à sa première adaptation, il s’agit d’être novateur : s’impose la version, moins connue et moins lyrique, du Tristan de Béroul. Auteure du livret, Cécilia Roumi table sur une restitution du texte dans sa langue originelle, l’ancien français. Loin de tendre vers l’hermétisme, comme on pourrait le croire, ce parti pris radical nous ouvre les portes d’un drame nouveau, au verbe vif et épique, détaché d’un amour courtois affadi. Et les librettistes s’amusent. Ils jouent avec la musicalité d’une langue à la fois si proche et si lointaine, familière par-delà son apparente étrangeté. Dans ce drame amoureux aux allures de farce, conformément au mélange des genres, l’inspiration potache est brillamment transfigurée par une belle scénographie d’ombres et de lumières, signée Ludovic Heime.

Élitisme, me direz-vous ? Tristan, bien au contraire, offre une belle preuve de coopération fructueuse entre jeu intellectuel et sensibilité artistique. Cette rencontre culmine dans la musique de Christophe Belletante, auteur d’une partition sublime bien qu’exigeante. Compositeur, arrangeur et guitariste, il compte à son actif de nombreux projets (Le Château des cœurs adapté de Flaubert, Hippolyte d’Euripide, courts-métrages…). On saluera, en particulier, un beau dialogue entre le violoncelle et la clarinette, dont les sons tendres sont portés par de talentueux instrumentistes sous la houlette de Sylvain Leclerc. On n’oubliera pas, enfin, le choix heureux d’un cadre bucolique, le Théâtre de l’Epée de bois, qui arbore pour l’occasion une imposante fresque signée Olivia Giboz.

Fringante et débordante d’enthousiasme, la Compagnie des Lunes Errantes s’illustre par cette belle initiative, dûment récompensée à Lyon par le trophée du « Grand évênement culturel Prodij » en décembre dernier. Nous attendons avec impatience le projet qui viendra transformer l’essai : Judith, un oratorio de M.-A. Charpentier, nous replongera très prochainement dans la scénographie claire-obscure du théâtre baroque.

© Visuels : affiche officielle de l’événement.

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Céline Duverne
Contact : cel.duverne@sfr.fr

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