Opéra
Retours sur le nouveau Ring berlinois (Tcherniakov / Thielemann) 1/4. L’Or du Rhin

Retours sur le nouveau Ring berlinois (Tcherniakov / Thielemann) 1/4. L’Or du Rhin

03 octobre 2022 | PAR Nicolas Chaplain

Le nouveau Ring mis en scène par Dmitri Tcherrniakov se passe dans le centre de recherches E.S.C.H.E (Esche signifie « frêne » en allemand) dont le directeur est l’autoritaire Wotan. L’action se situe dans les années 70 ; les hommes ont les cheveux longs, portent la barbe, des costumes colorés et des pattes d’eph, les femmes portent des robes trapèze chics, des bandeaux dans les cheveux et des jupes à carreaux.

La tétralogie commence alors que quelques professeurs plongés dans l’obscurité d’un amphithéâtre assistent à la projection d’un court film sur le fonctionnement du cerveau humain. Dans la salle de laboratoire à côté (« Stress Labor »), Alberich est attaché à un siège. Sous perfusion, son corps et son cerveau sont branchés à plusieurs machines. Les trois filles du Rhin sont des assistantes médicales en blouses qui, bloc-notes en main, surveillent et collectent les réactions de leur cobaye. Alberich s’excite au fur et à mesure de l’expérience. C’est quand il croit voir l’or du Rhin, symbole de puissance, qu’il devient fou, saccage la pièce, arrache tous les fils qui le lient aux appareils et s’enfuit avec le matériel et les données scientifiques.

Grâce à un dispositif scénographique complexe et grandiose, les acteurs traversent les nombreuses salles du bâtiment dont la décoration et l’ameublement sont caractéristiques des années 70. Par un système de boîtes sur rails, ils évoluent du bureau de la direction à la salle de réunion en passant par le hall, un couloir, une salle d’attente. Le format horizontal, les vitres, les lumières violemment artificielles, l’effet « aquarium » de même que les trois femmes fumant solitairement sur des canapés en cuir devant l’ascenseur font penser aux toiles de Hopper.

La scène se lève et dévoile les sous-sols de l’institut. Au -1, des rangées de cages dans lesquelles sont enfermés des lapins vivants. Au -2, Alberich, l’homme du peuple en salopette et les manches de sa chemise à carreaux retroussées, a formé une équipe de chercheurs (les Niebelungen) qui tentent clandestinement des expériences humaines obscures. Alberich les maltraite particulièrement violemment pour qu’ils mettent à profit les données qu’il a dérobées et devenir l’homme le plus puissant. Il bat son frère Mime, dont le torse est couvert de bleus. Mais l’élite vaniteuse et cupide que représentent Wotan, Loge et la clique scientifique des étages supérieurs parvient à capturer le voleur et lui dérober l’anneau en usant de sa propre bêtise. Ils font mine d’être épouvantés par le dragon et par la grenouille qu’Alberich prétend être devenu grâce au Tarnhelm, flattant ainsi sa naïveté. Le metteur en scène russe s’intéresse à la lutte pour le pouvoir que mène chacune des classes sociales. C’est Fafner qui finalement obtient l’anneau après avoir tué Fasolt d’un coup de pistolet dans le dos.

Le prologue que constitue L’Or du Rhin se termine par une petite fête dans la cour devant l’entrée du bâtiment. Donner et Froh font des tours de magie. L’assemblée se congratule, se félicite. Seul Wotan semble intranquille. Les mots de Erda (« Ce qui est, meurt ») semblent l’avoir touché.

Anna Kissjudit (Erda), Vida Mikneviciutè (Freia) et Mika Kares (Fasolt) ont été particulièrement remarquables.

Christian Thielemann, qui remplace Daniel Barenboim, triomphe. Le chef a préféré des tempis lents et façonné des nuances superbes, des subtilités et des détails. Il n’a pas encore lâché les chevaux. Pas de déferlement sonore en ce premier soir, réservant ceux-ci pour la suite.

Photo : Monika Rittershaus

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