Opéra
Retours sur le nouveau Ring berlinois (Tcherniakov / Thielemann) 3/4. Siegfried

Retours sur le nouveau Ring berlinois (Tcherniakov / Thielemann) 3/4. Siegfried

08 octobre 2022 | PAR Nicolas Chaplain

Les thèmes de l’enfance et des origines préoccupent Dmitri Tcherniakov dans son Siegfried ainsi que la vitalité, la promesse d’espoir et de changement, que représente la jeunesse. Si cette deuxième journée de L’Anneau du Nibelung est parfois longue et moins surprenante, elle est cohérente avec le récit que tisse le metteur en scène depuis L’Or du Rhin. Siegfried fait aussi partie des expériences humaines imaginées et pilotées par Wotan dans son laboratoire, l’E.S.C.H.E.

Rayonnant, Andreas Schager, incarne un Siegfried en jogging bleu Adidas et baskets. Il campe un jeune homme contemporain virevoltant, héroïque malgré lui, maladroit, bagarreur, en quête de lui-même, rebelle et attendrissant, inéduqué mais pas abruti, intrépide mais pas bêtement viril, innocent sans être béat, touchant mais jamais pathétique.

L’orchestre de la Staatskappelle s’épanouit magnifiquement sous la direction du chef Christian Thielemann, attentif aux moindres détails, favorisant des couleurs splendides, des tons chauds, des rugissements percutants.  

La scène se joue dans le même appartement que celui dans lequel Sieglinde et Hunding évoluaient dans La Walkyrie : un appartement destiné à des expériences humaines que Wotan observe depuis son bureau grâce à un miroir sans tain. De nombreux jouets d’enfants sont disposés dans la pièce :  une grue, un train, un avion, des Légo géants… On comprend que le jeune homme a grandi dans cet endroit isolé du monde, élevé par Mime. Une courte vidéo montre Siegfried enfant, triste et apeuré, en marcel et slip blanc, filmé dans ce même espace blanc claustrophobique, au milieu de ces jouets.

Siegfried entre costumé en ours et joue à effrayer Mime (truculent Stephan Rügamer en papy machiavélique). Il saisit une épée en plastique qu’il casse en deux. Mime sort un gâteau, Siegfried le goute et crache par terre. Plus tard, Il saute sur le canapé, danse, fait du cheval sur le dos de son tuteur mais quand il prend connaissance de Nothung et de ses origines, il tire un trait sur son enfance en mettant le feu à son petit singe en peluche, à son cartable, à ses jouets rassemblés sur une table. Il prend une masse et brise de la vaisselle et la table du séjour. Il s’apprête à détruire le mur quand le visage de Wotan apparait de l’autre côté du miroir.

Le Neidhöl (caverne de fafner en dragon) est ici le centre de recherche. Wotan (Michael Volle, toujours grandiose) et Albérich (Johannes Martin Kränzle) vieux décatis, errent dans les couloirs, offrant un irrésistible numéro de clowns, l’un avec sa canne, ses sandales et son béret, l’autre en déambulateur. Une expérience psycho-thérapeutique dont Siegfried est l’objet est organisée. Débarqué avec son sac à dos et son air ingénu, Siegfried est reçu par une laborantine en blouse (magnifique, sidérante Victoria Randem qui tient à la main un petit oiseau dont le battement des ailes est télécommandé). Plusieurs étapes constituent cette examen (relaxation, méditation, recherche de la lumière intérieure, confrontation au danger, réalisation d’un vœu). Deux assistants médicaux amènent Fafner qui a désormais l’aspect d’un homme sauvage en camisole de force. Siegfried le dompte avec une chaîne en fer et le tue.

C’est dans un « laboratoire de sommeil », que Wotan introduit Brünnhilde (Anja Kampe, moins à l’aise vocalement que dans la Walkyrie). Complice de l’expérience, elle dessine des flammes rouges sur les parois vitrées de la pièce, dépose un cheval en peluche près d’elle (son Grane), s’allonge et fait semblant de dormir depuis une éternité. Siegfried, poussé par la découverte de l’altérité et du désir défonce une porte avec son poing et arrive à elle. Il la réveille en l’embrassant instinctivement, maladroitement. Les deux rient quand elle se réveille et fait mine de revoir le soleil depuis longtemps. Rit-elle du tour qu’elle est en train de lui jouer ou du fait qu’elle tombe réellement amoureuse du jeune homme ? Leur duo d’amour n’est pas très tactile mais plutôt timide, pudique. Dans la cour du labo, au pied du frêne, Siegfried, les mains dans les poches, sautille de joie. La flamme, le lyrisme et la passion sont incarnés en fosse. Sur scène, Tcherniakov est clinique, ironique ignorant le romantisme.

Photo : Monika Rittershaus

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Nicolas Chaplain

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