Opéra
Operalab.ch au carrefour de la pédagogie et de la création

Operalab.ch au carrefour de la pédagogie et de la création

10 septembre 2021 | PAR Gilles Charlassier

Quelques jours avant l’ouverture de sa nouvelle saison dans ses murs, le Grand-Théâtre de Genève propose la restitution au public du projet soutenu par Operalab.ch, Huit minutes (nous y étions presque), dans la salle du Cube de l’HEAD.

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Initié conjointement par Aviel Cahn, à son arrivée à la tête du Grand-Théâtre de Genève, et Jean-Pierre Greff, le directeur de la Haute Ecole d’Art et de Design de Genève (HEAD), le projet OperaLab.ch a été conçu pour aider de jeunes diplômés des hautes écoles d’art de la Suisse romande à faire leurs premiers pas dans leur vie professionnelle, en leur confiant un projet pluridisciplinaire de création de théâtre musical. Regroupant, outre le Grand-Théâtre et la HEAD, la Comédie de Genève, la Haute école de musique de Genève-Neuchâtel, la Manufacture, l’Institut littéraire de Bienne, le Flux Laboratory, et en partenariat avec l’Abri et la Bâtie Festival, la structure a sélectionné, par l’intermédiaire d’un jury, les étudiants de l’académie, qui, dans un travail collectif accompagné par un tutorat de quatre personnalités expérimentées, ont construit un spectacle mêlant les différentes formes artistiques. Celui-ci aurait dû être présenté en septembre 2020, à l’issue d’une année de résidence, mais les contraintes liées à la pandémie, avec la fermeture des salles et les restrictions sanitaires, a reporté la création scénique d’une année, au moment de l’ouverture de l’édition 2021 de La Bâtie-Festival, rendez-vous consacré de la rentrée genevoise.

Dans ce contexte singulier, le sujet retenu par les lauréats de ce premier cru d’Operalab.ch résonne avec une acuité particulière. Huit minutes (nous y étions presque) évoque la fin du monde et l’espoir d’un nouveau commencement. Dans ce climat eschatologique, le livret de Pablo Jakob Montefusco inscrit l’histoire de deux sœurs, Irène et Patricia, confiées respectivement aux comédiennes Estelle Bridet et Lara Khattabi. La partition de Leonardo Marino favorise les stases aux confins de l’hypnotisme, dans une écriture qui doit sensiblement à l’héritage minimaliste, presque jusqu’à l’imitation textuelle, et privilégie une écriture vocale proche de la technique des vocalistes, atténuant ainsi la césure entre couleur lyrique et déclamation, au bénéfice du texte. Les quatre officiants – Borbála Szuromi (Veronika), Marie Hamard (Emma), Anthony Rivera (Gabriel) et Raphaël Hardmeyer (Hugo) – participent d’une dramaturgie conçue comme un rituel immersif par François Renou, et que complètent les évolutions chorégraphiques des divinités du renouveau – Elie Autin et Solène Schnüriger –, habillés par Clémentine Küng de drapés fluroescents contrastant avec une contemporanéité plus casual pour les autres personnages. Sous les lumières de Benjamin Deferne et ce qui est caractérisé comme design d’interaction et réalisé par Yann Longchamp, la scénographie de Claire van Lubeek, aux allures de labyrinthe d’attente – qui, en régulant le passage des spectateurs, constitue la principale participation du public à l’action – prend des couleurs oniriques et cosmiques ponctuées par l’Orchestre de la Haute Ecole de Musique sous la direction de Clement Power. A l’issue des représentations, Operalab.ch fera un retour sur expérience pour évaluer, et le cas échéant, prolonger et faire évoluer un intéressant dispositif liant jeunes artistes et création contemporaine.

Gilles Charlassier

Huit minutes (nous y étions presque) Leonardo Marino, mise en scène : François Renou, Operalab.ch, HEAD, Le Cube, Genève, du 1er au 3 septembre 2021.

©Carole Parodi

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Gilles Charlassier

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