Danse
Cinédanse : Petites danseuses

Cinédanse : Petites danseuses

10 septembre 2021 | PAR Nicolas Villodre

Les quelques défauts de ce premier film d’Anne-Claire Dolivet (peu de réalisme ou d’arrière-plan social, manque de prise en compte de la diversité ou de la parité entre filles et garçons, au détriment de ces derniers) font aussi ses qualités, la réalisatrice se focalisant sur l’essentiel, à savoir l’apprentissage du ballet dans une école de quartier, de nos jours, à Paris.

L’Âge heureux

La formation au classique de quatre fillettes choisies par l’auteure dans le cours de danse que fréquenta sa propre fille. Il s’agit de classes dirigées de main de maîtresse par une certaine Muriel. Jeanne, Olympe, Ida et Marie, âgées respectivement de six à onze ans, rêvent de devenir danseuses, de monter sur scène, au moins le temps d’un concours de danse (celui de Deauville, en l’occurrence), d’avoir accès à un collège type Rognoni offrant un cursus de danse-études, voire d’intégrer l’école de danse de l’Opéra de Paris. Les seuls représentants de la gent masculine captés par l’objectif sont un garçonnet, qui arrive tard dans le récit, intervient peu et paraît perdu parmi les aspirantes petits rats ; un père de famille, géniteur ou en tenant lieu ; un homme âgé armé d’une béquille, flouté par le chef opérateur, dont on ne saura pas le statut – est-il simple spectateur d’un cours, accompagnateur d’une élève, membre de l’association Les Espoirs de la danse, Jeunes talents de France ou bien gardien du temple de la rue Damrémont où se situe le studio de danse ?

La prof n’est pas un personnage ordinaire ; c’est un bon client, comme on dit dans le milieu du cinéma et du showbiz. Nous croyons savoir que Muriel eut son heure de gloire, à peine sortie de l’enfance, lorsqu’elle fut sacrée « Mademoiselle âge tendre 1966 » par le magazine éponyme. Elle en fit la couverture du mois d’août. Cette année 66 fut aussi celle du fameux feuilleton télévisé (on ne disait pas encore « série »), en noir et blanc signé par le couple Odette Joyeux-Philippe Agostini, chorégraphié par Michel Descombey, L’Âge heureux, qui fit rêver une génération de ballerines en herbe. Ce fut aussi celle d’un petit chef d’œuvre de documentaire de danse intitulé Adolescence, la première réalisation de Marin Karmitz – et du co-auteur Vladimir Forcency – dans laquelle débuta Sonia Petrovna, censée suivre les cours dispensés par la danseuse étoile des Ballets russes, Lioubov Egorova, celle-là même qui en prodigua à Janine Charrat, Yvette Chauviré, Wilfride Piollet et à bien d’autres artistes.

La Vie en rose

Le rose bonbon affiché dès la première séquence du film, contredit par le grand écart auquel s’astreint une des fillettes, donne la tonalité générale de l’opus. On est, pour reprendre l’expression consacrée de nos jours, en immersion dans le ballet, avec ses bons côtés et ses exigences. Presque tout se déroule dans un vase clos rassurant, aussi bien pour les enfants que pour les mères. L’importance de celles-ci ne fait aucun doute depuis, au moins, l’époque de Nijinski et de Pavlova, quoique le but poursuivi soit passé de la nécessité économique (le métier de danseur assurant la survie de celui-ci et de son entourage) à la réalisation, par procuration, du rêve jamais atteint par la mère. Et aussi de l’initiation à la discipline par l’effort physique et mental au loisir de classe moyenne. L’abandon ne serait-ce que d’une partie de ces projets étant source de petits drames et de vraies contrariétés.

Le réel fait donc retour. La fiction scénarisée laisse place au documentaire, communicant des signes de notre quotidienneté, comme la disparition du piano désaccordé et du pianiste de cours de danse d’antan au profit de musiques enregistrées, classiques, pop ou romantico-électro. Comme la présence des smart phones qui remplacent désormais les encombrantes caméras vidéo ou servent de miroir à des fillettes en goguette, se délassant lorsqu’elles sont entre elles, avec des routines et des rengaines « R’n’B » de type « Danse avec les stars. » Alors, quelques kilos de trop d’une postulante à Nanterre ruinent son espoir de devenir petit rat. Alors, un changement d’orientation scolaire ou de prof de danse est susceptible d’assombrir la mine généralement enjouée de Muriel.

Visuel : affiche du film annonçant son avant-première au cinéma Le Royal de Biarritz en septembre 2020, ph. Nicolas Villodre.

 

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