Opéra

Médée : Sonya Yoncheva dans les pas de Callas

Médée : Sonya Yoncheva dans les pas de Callas

29 octobre 2018 | PAR Nicolas Chaplain

A Berlin, Sonya Yoncheva chante sa toute première Médée de Cherubini. Incandescente, sensuelle et tragique, elle impressionne et émeut. Daniel Barenboim dirige la Staatskapelle saisissante de noirceur et de violence. Andrea Breth signe une mise en scène malheureusement décevante.

On connaît la qualité de la Staatskapelle de Berlin, l’expressivité, l’énergie et le lyrisme que lui insuffle son chef Daniel Barenboim. Pour Médée, le chef exacerbe la violence de la partition, sculpte avec précision et fermeté un climat sombre et furieux, étire les tempi, accentue les contrastes, ose des nuances très faibles sans renoncer à la brutalité. L’orchestre, superbe, se montre particulièrement menaçant, acéré et déploie des couleurs amples et intenses, mystérieuses et weberiennes.

La présence scénique fascinante et le timbre voluptueux de Sonya Yoncheva triomphent. Incendiaire, ensorceleuse, elle campe le rôle avec force et humanité malgré son accoutrement qui la masque. En face de ce torrent, ses partenaires paraissent presque effacés ou timides. Charles Castronovo, dont le timbre rond, la clarté et l’élégance sont délectables, est un Jason crédible et solide. Elsa Dreisig est convaincante et engagée, Ian Paterson pas toujours audible et Marina Prudenskaya, gracieuse et touchante.

Andrea Breth situe l’action dans le garage de Créon, tout plein des caisses de marchandises, trésors et œuvres d’art pillés par les argonautes en Colchide. Médée, l’apatride, est repliée sur elle-même, tapie au sol dans les coins sombres. Si la metteuse en scène représente Dircé singulièrement comme une seconde Médée, violentée, malmenée, mariée de force à Jason et victime d’une société patriarcale, sa relecture du mythe n’est pas révolutionnaire. Créon est l’homme de pouvoir autoritaire et pressé, sans aucune tendresse paternelle. Jason est le séducteur, trousseur de servantes.

Médée l’étrangère est noire, voilée et tatouée mais l’analyse du personnage est peu complexe. Enveloppée dans son boubou et pieds nus, cette Médée grimace, joue la sorcière ou bien la folle et il faut du mérite à l’interprète pour rendre malgré tout cette figure humaine et touchante. La mise en scène sombre dans le comique involontaire lorsqu’un double de Dircé traverse le plateau une combinaison en feu ou bien lorsque Sonya Yoncheva s’agrippe au rideau de scène rouge avant de s’effondrer car, oui, cette version représente présomptueusement le suicide de Médée qui, après avoir tué ses fils, se plante son couteau dans le ventre, une facilité de la part de la metteuse en scène et un non-sens.

Photo : Bernd Uhlig

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