Opéra
Sony Yoncheva sublime Haendel à Versailles

Sony Yoncheva sublime Haendel à Versailles

09 novembre 2022 | PAR Paul Fourier

Le concert avait lieu dans le cadre prestigieux de la galerie des Glaces du château. La soprano fut à la hauteur du lieu et, très bien accompagnée par l’Orchestre de l’Opéra Royal, elle a offert au public un florilège des plus beaux airs du compositeur.

Bien évidemment, lorsque l’on traverse les salons du château pour déboucher dans la magnifique galerie, symbole de la toute-puissance du Roi-Soleil, on apprécie le privilège de pouvoir assister à un tel concert. L’on peut même s’imaginer un moment, avoir fait un bond dans le passé et se retrouver au milieu de la Cour pour participer à ce moment unique pour lequel l’Orchestre de l’Opéra Royal s’avère être le vecteur parfait pour la musique qui va nous être proposée.

Après l’ouverture de Serse, suivie d’un « Ombra mai fù » en guise de préambule, dans lequel la voix de Sonya Yoncheva est aussi puissante que maîtrisée, on entre vraiment dans le vif du sujet. La soprano, dans une superbe robe rouge avec cape, démontre sa technique, dans l’air enlevé « Non disperar, chi sa ? » de Giulio Cesare. L’artiste, s’épanouissant devant nous, joue de son corps et l’on peut alors imaginer, sans peine, la belle Cléopâtre se riant de son frère Ptolémée.

Dans le magnifique interlude de l’acte III de Serse qui suit, les cordes de l’orchestre sont d’une précision absolue et un solo de violon accompagné du théorbe, rappelle la délicatesse de la musique du compositeur.

Le premier grand morceau de bravoure arrive ensuite : c’est probablement l’un des plus splendides airs jamais écrits par Georg Friedrich Haendel, un long lamento répétitif dont la beauté rivalise avec la durée. C’est le « Ah mio cor, schernito sei » d’Alcina. Yoncheva que l’on imagine idéalement dans le rôle, met à son service, l’ampleur de sa voix, joue de ses couleurs, l’allège quand nécessaire, puis fixe son énergie dans l’accélération du « Ma che fa gemendo Alcina ? ». C’est alors un moment de pure grâce qui se déploie sous les magnifiques plafonds du lieu.

Le concerto grosso N°4 d’Arcengelo Corelli, avec ses 4 mouvements, est ensuite l’occasion d’apprécier l’excellence et la virtuosité de l’orchestre dirigé par Stefan Plewniak.

En seconde partie, l’on retrouve Cléopâtre, vêtue cette fois d’une très belle robe ivoire, mais en situation beaucoup moins confortable, puisque, dans l’acte II, elle craint pour sa vie avec ce « Se pietà di me non senti ». Comme dans Alcina, Yoncheva, avec son extrême musicalité, y démontre sa capacité à transmettre les sentiments de désespoir. Accompagnée par les violons, sa voix chaude épouse les circonvolutions interminables de la souffrance et le moment alors, est comme suspendu.
Dans la même veine, succède l’air en langue anglaise « With darkness deep » où Theodora, mélancolique, contemple son douloureux destin. Très lentement, avec délicatesse, Yoncheva y apporte une douceur infinie.

C’est ensuite, l’ouverture de Rinaldo où l’on peut apprécier le jeu du hautbois avec les violons. De cet opéra, c’est Almirena qui s’exprime avec le sublime « Lascia ch’io pianga ». Yoncheva s’y montre encore remarquable, notamment grâce à la stabilité de son médium qui fait ici, merveille.

La partie officielle du récital se termine par l’air de Bradamante d’Alcina, où s’élève un chant d’amour léger dans lequel Yoncheva s’offre le luxe d’atténuer sa voix sur un couplet ou, au contraire, de la faire croître pour qu’elle résonne dans la Grande galerie.

Après une heure et vingt minutes de musique, la soprano semble aussi fraîche qu’à la première minute, et alors, totalement épanouie, elle savoure les applaudissements du public. Elle prolongera alors la soirée, en offrant trois bis, quittant d’abord Haendel pour une superbe mort de Didon de Purcell et « Tristes apprêts » de Castor et Pollux de Rameau ; puis Yoncheva y revient à la toute fin, avec quelques couplets enchanteurs du « Ah mio cor, schernito sei » d’Alcina.

Durant tout le concert, la soprano nous aura non seulement éblouis, mais encore étonnés, car, alors qu’elle explore des répertoires qui s’aventurent jusqu’au vérisme (Fedora dernièrement à la Scala de Milan), elle continue à interpréter ces airs baroques avec une pure intégrité, en y apportant même, sans que l’on perçoive le moindre dommage, une maturité exemplaire.

Au moment de sortir, alors que l’on s’est attardé, pour le cocktail, dans le vestibule haut de la Chapelle Royale, l’on retrouve Sonya Yoncheva simplement assise à une petite table, écoutant et recevant l’hommage de ses fans avec la plus belle gentillesse. Cela finit par convaincre que l’association du talent et de la générosité est indéniablement la marque d’une très grande artiste.

Visuel : © Paul Fourier

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Paul Fourier

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