Mariage bouffe à Liège

29 octobre 2018 Par
Gilles Charlassier
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Après dix ans d’absence à l’affiche de l’Opéra royal de Wallonie, Liège reprend Le Mariage secret de Cimarosa réglé par Stefano Mazzonis di Pralafera, le directeur de la maison. Un festival bouffe sous la baguette d’Ayrton Desimpelaere.

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Si, au nom de l’avant-garde, l’Opéra des Flandres ou la Monnaie à Bruxelles n’hésitent pas à bousculer les canons du répertoire, l’Opéra de Liège et son directeur artistique, Stefano Mazzonis di Pralafera, assument le respect des œuvres. La production du Mariage secret de Cimarosa que ce dernier avait donné il y a une dizaine d’années en témoigne. Avec la complicité des cartons pâtes de Jean-Guy Lecat et des costumes chamarrés dessinés par Fernand Ruiz, la comédie de mœurs de la fin du dix-huitième siècle ne renonce pas à ses perruques, le tout sous les lumières de Franco Marri.
Pour autant, le résultat ne se confit pas dans le sérieux de la reconstitution. Si elle souligne parfois les effets comiques au-delà de la nécessité de compréhension, la direction d’acteurs n’oublie pas d’animer un sujet héritier de Beaumarchais et très en vogue à l’époque : la rébellion des sentiments contre les arrangements matrimoniaux, très patrimoniaux, des géniteurs pour leur progéniture. Ainsi, Geronimo, riche marchand, envisage-t-il pour sa fille Carolina une époux de la noblesse pour apporter une particule à la famille. Or la demoiselle est déjà mariée, mais en secret, avec l’employé, Paolino. Au terme de rebondissements et de quiproquos à l’évidente verve théâtrale, le père cédera à l’amour des deux jeunes gens, qui seront absous de leur précipitation.
Le plateau vocal ne manque pas d’atouts. Le couple juvénile revient au babil frais et fruité de Céline Mellon, Caroline tout à fait en situation, et au Paolino de Matteo Falcier, qui ne déparerait pas avec un soupçon supplémentaire de fluidité et d’élégance. En Elisetta, la sœur, Sophie Junker se révèle une rivale piquante et réjouissante sous son fardage accusant sa beauté un peu défaillante. Annunziata Vestri se monte également savoureuse en Fidalma, rombière aux prétentions se moquant de la péremption de ses charmes. Mario Cassi affirme un Conte Robinson de bonne tenue, frémissant de désir. Quant à Patrick Delcour, habitué de la maison, son incarnation du barbon Geronimo ne lésine pas sur les ressorts de la farce, mettant ses ressources éprouvées au service d’une incarnation qui fait mouche, où le rire ne sacrifie jamais les notes.
Dans la fosse, Ayrton Desimpelaere, assistant de Speranza Scappucci qui dirige, à vingt-huit ans, sa première grande production lyrique sur une scène d’envergure, impulse une vitalité communicative relayée par le clavecin volubile de Hilary Caine, prompt aux anachronismes hilarants dans ses récitatifs émaillés de la Marche d’Aïda ou de la Chevauchée des Walkyries. Au-delà du trac perceptible de la baguette et de redondances zygomatiques, on ne pourra que saluer l’initiative liégeoise de faire revivre une partition devenue plus rare à l’affiche ces dernières décennies.

Le Mariage secret, Cimarosa, mise en scène : Stefano Mazzonis di Pralafera, Opéra de Liège, octobre 2018 et le 7 novembre 2018 à Charleroi
©Opéra Royal de Wallonie-Liège