Opéra
Angers Nantes Opéra : Iphigénie pleure les larmes de son cœur mais peine à convaincre

Angers Nantes Opéra : Iphigénie pleure les larmes de son cœur mais peine à convaincre

24 octobre 2020 | PAR Sarah Reiffers

Heureux survivant du COVID-19, Angers Nantes Opéra revient sur les scènes angevine et nantaise avec la tragédie lyrique Iphigénie en Tauride de Gluck, dirigée par Diego Fasolis et mise en scène par Julien Ostini. Une reprise quelque peu décevante, cousine éloignée des grandes réussites auxquelles Angers Nantes Opéra nous a habitués.

C’est donc avec une tragédie et les pleurs d’Iphigénie et de ses prêtresses qu’Angers Nantes Opéra a choisi d’ouvrir sa saison 2020/2021, comme en écho aux pleurs du monde entier. Nombreux sont les artistes qui se sont attaqués au mythe de cette femme grecque, fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, condamnée à tuer de ses mains son frère matricide, Oreste. La version de Christoph Willibald Gluck, créée à l’Académie royale de musique en 1779 (la même année d’ailleurs que Goethe produisit sa propre version au théâtre) est une œuvre en opposition à l’opera seria italien : les voix sont retenues, les personnages maîtres d’eux-mêmes, et c’est à l’orchestre que revient le rôle d’exprimer les douleurs et les passions. L’œuvre n’en requiert pas moins de la part des solistes et des chœurs une certaine qualité pour le sens dramatique (nous sommes, après tout, dans une tragédie). C’est là l’un des grands défauts de cette nouvelle production : à vouloir trop en faire, les interprètes finissent par nous lasser. L’exagération des passions ne parvient qu’à les rendre ridicules. Etait-ce là le désir d’imiter les conventions de jeux de l’époque ? Ou une simple maladresse ? Au-delà du jeu, les solistes s’en sortent avec plus ou moins de succès, sans qu’aucun ni aucune ne parvienne vraiment à se distinguer ni à nous ravir. La voix d’Elodie Hache, dans la peau de la déesse Diane, est de loin la plus puissante mais ne résonnera, malheureusement, que de brèves minutes dans nos oreilles.

Côté mise en scène, Julien Ostini mise sur un décor sobre, sombre et symétrique, dont il semble parfois ne pas trop savoir quoi faire (quid de la chute des colonnes ? des allers-retours du disque de Diane dans les airs ?). Mais on saluera tout de même le très beau travail réalisé sur les couleurs, ballet somptueux entre le rouge sanglant et le blanc de l’innocence, et les lumières (signées Simon Trottet), qui nous offrent de magnifiques tableaux, notamment lors du sacrifice d’Oreste.

Pour les curieux et ceux qui n’ont pas pu se procurer de place, Iphigénie en Tauride sera retransmis en direct dimanche 25 octobre à 16h sur plusieurs chaînes locales (France 3, TéléNantes, TV Le Mans…).

Un web-documentaire pour s’immerger dans les coulisses du spectacle est également à découvrir sur la chaîne Youtube d’Angers Nantes Opéra.

Visuel : Jean-Marie JAGU

Le candide Görge de Zemlinsky nous fait rêver à Dijon
Avignon, coûte que coûte
Sarah Reiffers

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *