Opéra
Alexandra Deshorties brûlante Norma en clôture de saison au Grand Théâtre de Genève

Alexandra Deshorties brûlante Norma en clôture de saison au Grand Théâtre de Genève

02 juillet 2017 | PAR Yaël Hirsch

Ce samedi 1ier juillet, c’est avec une très belle version de Norma de Bellini que le Grand Théâtre de Genève faisait tomber le rideau sur une saison intense et brillante, dans le grand cocon parfaitement aménagé du Théâtre des Nations, pendant ses travaux. Après avoir séduit les genevois avec Médée, la soprano Alexandra Deshorties s’installe dans leurs cœurs avec ce difficile et sublime rôle de prêtresse amoureuse et vengeresse.
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Norma est grande prêtresse ce qui en fait également une autorité politique pour les gaulois dominés par les romains. Elle appelle à la lune et la paix, arguant que Rome tombera d’elle-même par ses vices, pas par la guerre. Mais Norma a un lourd secret : à l’encontre de ses vœux et traîtresse à son peuple, elle a une liaison et deux enfants avec l’officier Pollione. Alors que ce dernier s’apprête à partir pour Rome, il révèle son visage d’infidèle : ce n’est pas Norma et leurs enfants, mais la jeune Adalgisa qu’il veut emmener avec lui. Celle-ci se confie à Norma, qui jure vengeance…

Reprenant (sans la coupole) la mise en scène sobre de Jossi Wieler et Sergio Morabito donnée à Stuttgart en 2002 qui place l’intrigue au cœur du temple et donne un accès large et franc aux chœurs et aux voix, cette Norma est portée par l’énergie de l’Orchestre de la Suisse Romande, dirigé avec fougue et romantisme par John Fiore : le rythme est enlevé, l’intention dramatique et la musique de Bellini portés aux nues dès l’ouverture. Les solistes suivent cette tendance vive et dramatique, avec un gout prononcé pour le jeu et l’incarnation de leurs personnages par Alexandra Deshorties et le ténor Rubens Pelizzari qui n’hésite pas à se jeter de tout son corps par-dessus des barrières. Le ton dénote parfois un peu quand on passe du sacrilège à la scène de ménage où norma jette ses chaussures au visage de Pollione mais tout ceci est très vivant et n’empêche pas de se concentrer sur la musique. Le timbre généreux de Pelizzari séduit dès le « In rammentarlo » et Alexandra Deshorties gagne en puissance et en beauté, tout le long des trois heures d’Opéra, du fameux « Casta Diva » si difficile et si tôt dans la dramaturgie à la bouleversante supplication à son père de sauver ses enfants. La voix maîtrisée de la mezzo-soprano Ruxandra Donose incarnant une Adalgisa timide ouvre vers un duo d’amitié, puis à un trio d’effroi absolument sublimes à la fin du premier acte. Avec des chœurs émouvants, une mise en scène, une orchestration et des solistes qui mettent en avant l’œuvre de Bellini, cette Norma est poignante et place le spectateur au cœur authentique de l’Opéra. Un très beau final pour Le Grand Théâtre de Genève qui rouvre avec une Clémence de Titus avec Karina Gauvin et Stéphanie d’Oustrac, le 27 août, et nous promet une très belle trilogie de figaro (Mozart / Rossini / Elena Langer) à l’automne 2017.
Visuel : affiche (c) Nicolas Schopfer

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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