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Festival international de la Rochelle : « Barbara » (en)chante le festival quand Michael Haneke l’assomme.

Festival international de la Rochelle : « Barbara » (en)chante le festival quand Michael Haneke l’assomme.

02 juillet 2017 | PAR Cedric Chaory

La 45e édition du Festival international du Film de La Rochelle s’est ouverte le vendredi 30 juin pour dix jours d’hommages, de rétrospectives et d’avant-premières. Plus de 85 000 cinéphiles sont attendus pour 200 films programmés.

La séance est à 20h30 mais on murmure dans la ville que dès 17h30 les premiers festivaliers feront la queue dans le hall de La Coursive, cette sublime Scène nationale ancien Couvent des Carmes du 17ème transformée en un des théâtres les plus courus de France. Découvrir Barbara de Mathieu Amalric se mérite et ici point de passe-droit : les premiers arrivés seront les premiers assis. « C’est un peu l’anti-Cannes» résume Arnaud Dumatin, l’un des administrateurs de l’événement et à voir une partie de l’équipe du festival déboulée sur scène à la suite du Maire au moment de la présentation inaugurale de l’événement, qui avec son sac à main, qui en fines sandalettes et jean slim, vous emmène effectivement loin des red carpet habituels du 7ème art. Et c’est tant mieux ! Voyez plutôt la décontraction sur scène des réalisateurs Mathieu Amalric, Volker Schlöndorff, Ruben Mendoza, Steve Patry ou la comédienne nouvellement rochelaise Valérie Mairesse qui témoignera durant le festival de son travail avec le réalisateur-culte Andreï Tarkovski. Prune Enger, déléguée générale du festival promet une programmation exceptionnelle dont une rétrospective attendue d’Alfred Hitchock (32 films), celle de Michael Cacoyannis, un hommage à Laurent Cantet ou un focus sur le jeune cinéma israélien.

Pour l’heure c’est en avant-première qu’est proposé le nouveau film d’Amalric qui fit l’ouverture de la sélection cannoise Un certain regard en mai dernier et consacré à l’auteure-compositeur-interprète culte : Barbara. Une actrice va jouer Barbara, le tournage va commencer bientôt. Elle travaille son personnage, la voix, les chansons, les partitions, ça grandit, ça l’envahit même. Le réalisateur aussi travaille, par ses rencontres, par les archives, la musique, il se laisse submerger, envahir comme elle, par elle.

Tordant le coup aux grosses ficelles vulgaires des biopics le réalisateur signe un portrait sensible de Barbara en forme d’étourdissant puzzle. Plus film sur un réalisateur (Amalric) et d’une actrice (fascinante Jeanne Balibar) qui participent au tournage d’une biographie de la dame en noir, Barbara, subtile mise en abyme, aboutit à un portrait impressionniste et complexe de la chanteuse. Une partie du public a goûté ce portrait allusif aux révélations fugitives, d’autres ont regretté une pudique narration bien trop labyrinthique. Tous ont loué l’exceptionnelle interprétation de Jeanne Balibar.

Jour 2. Qu’importent les étonnants frimas et giboulées d’un juillet qui commence, les spectateurs sont dès 10h sur le Vieux-Port qui fait face aux Dragons, cinéma partenaire du festival. Les 4 films du maître britannique du suspens font salle comble de bon matin et nombreux sont les festivaliers refoulés à l’entrée de l’avant-première du dernier Michael Haneke Happy end.

Si Mathieu Amalric a su éviter l’enchaînement des « tubes » de l’interprète de Nantes, préférant les distiller subtilement tout au long de son Barbara, Michael Haneke, le double Palmé, propose lui un best-of flou de sa filmographie. Toutes ses thématiques sont ici compulsées et envoyées de manière foutraque à la face du spectateur : l’enfant martyr et bourreau (Benny’s video, Le Ruban blanc…), la fin de vie (Amour), l’éclatement de la famille ultra-bourgeoise (La pianiste, Caché…), la captation des nouvelles images (Benny’s video, Caché…). C’est dans l’ensemble soporifique et anecdotique à de rares fulgurances près : celles où l’immense Jean-Louis Trintignant apparaît à l’écran. Il sauve (presque) à lui ce film – le plus raté du réalisateur autrichien. Autre forte impression : la jeune Fantine Harduin, en tout point parfaite.

Cédric Chaory.

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Cedric Chaory

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