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Concert hommage à Oum Kalthoum: la résurrection d’une chanteuse

Concert hommage à Oum Kalthoum: la résurrection d’une chanteuse

03 juillet 2017 | PAR Donia Ismail

Une quarantaine d’années après la mort d’Oum Kalthoum, de son vrai nom Fatima Ibrahim al-Sayyid al-Beltaguie, la boîte de production libanaise 2U2C célébrait, hier soir aux Folies Bergères, son héritage. Au programme, images d’archives et concert interprété par Sara Al Hani. TouteLaCulture y était! 

Hier, se tenait au sein de notre chère capitale un concert hommage à Oum Kalthoum. Et quel défi de taille de reprendre le répertoire, infini et complexe, de la cantatrice du peuple. Car si l’initiative est salutaire, elle semble risquée. Oum Kalthoum est plus qu’une simple chanteuse qui a foulé notre terre. C’est une icône. Plus que ça même: une diva, une référence dans le genre. Cette liste peut paraître exhaustive, mais elle ne l’est pas. Elle fût, et est toujours, l’incarnation de tout un peuple. Elle fait partie d’une culture commune à tous les arabes: en Algérie, Tunisie, Syrie et partout ailleurs, chaque maison a un jour vibré au son de l’Astre de l’Orient. Sa voix a porté au-delà des frontières de son Égypte natal, et à fait trembler le monde entier.
Et c’est bien là où réside toute la difficulté de mener une telle soirée. « Oum Kalthoum est l’incarnation de la légende » dit Amani Salma, représentante de la boite de production 2U2C qui est à l’origine de l’événement. Beaucoup d’appréhension en rentrant dans la salle: la chanteuse, Sara Al Hani va-t-elle être à la hauteur? Va-t-elle se démarquer? Ou tomber dans le plus simple mimétisme? Il est vrai qu’en pénétrant dans la salle des Folies Bergères, nous nous posions beaucoup de questions.

Les Folies Bergères grouillaient de monde. On entendait les responsables de la boîte de production dire: « On a fait salle comble, c’est dingue! ». Le tout Paris s’était rassemblé pour rendre hommage à la Quatrième Pyramide – un surnom parmi tant d’autres . Les accents égyptiens, marocains, tunisien, libanais s’entre-choquaient: ce melting-pot est bien la preuve de l’impact sur l’ensemble du monde arabe qu’avait Oum Kalthoum. La sonnerie retentit sonnant la fin de la récré et le début de la première partie. Tous rejoignent leurs places.

L’orchestre, Takht el Touraf, se place sur la scène: cinq violons, un luth, une contrebasse, un violoncelle, un qanoun, un instrument à vent et deux derboukas (percussions): un ensemble typique parfait pour jouer les plus grands titres d’Oum Kalthoum. Derrière eux, un chœur prend place: neuf hommes en costard cravate et dix femmes vêtues de fastueux caftans marocains aux couleurs flamboyantes. Pendant plus de vingt minutes, ils reprennent les plus grands titres de la diva en une sorte de medley. Se succèdent alors Al Atlal, Ghani Li Shway Shway, Li Sabr Houdoud, Siret el Hob. Et quel plaisir d’entendre les musiques s’enchaîner ! Les instruments discutent, se répondent et semblent former une voix: les violons se plaignent, le qanoun sérénade le luth.

image4 Après un entracte de 20 minutes, un écran descend sur la scène. Des images d’archives apparaissent. Tout au long du concert, chaque chanson est entrecoupée par ce reportage, réalisé par la Voix du Caire, qui retrace le destin incroyable de cette femme. Les premières images du documentaire sont lancées: le cortège funéraire de la diva égyptienne. Surréaliste. Plus important que celui de grands dirigeants de ce monde, les égyptiens affluent dans les rues du Caire: le public des Folies Bergères est impressionné.
L’écran s’éteint, se remet à sa place initiale. Un bruit de talons retentit: Sara Al Hani arrive sur scène. Le public reste silencieux, attend que la cantatrice se place. Les premiers coup de violons sont entendus: c’est Alf Leila We Leila qui début ce concert hommage d’1h45. Cette chanson mythique déclenche une tonnerre d’applaudissement. Dans la tradition des chansons arabes classiques, une longue intro est jouée. Au bout de quelques minutes, Sara Al Hani ouvre la bouche. Tous restent scotchés sur place. Nul ne s’attendait à une telle puissance vocale. En un rien de temps, le public suit, valide les compétences vocales de la chanteuse avec des « Youyouyouyou » ou encore « AAAAAAH » à répétition. Tous l’acclament. Le stress retombe pour la jeune chanteuse: on peut imaginer dans quel état elle se trouvait. Elle parait même surprise par tant d’acclamations. « J’espère que tout ce concert vous plaira, que ma voix vous plaira ». a-t-elle déclaré.
Vêtue d’une robe en strass – typique des divas –, elle possède la scène avec sa seule voix. Et quelle voix! Elle avait en face d’elle un public compliqué. Elle l’a dompté en un instant. Sa voix recouvre l’ensemble de la salle. Elle est d’une douceur folle, n’en fait pas trop, donne juste ce qu’il faut pour apprécier les textes de ces chansons légendaires. Elle ne fait pas du Oum Kalthoum, non. Elle fait du Sara Al Hani, et c’est ce qu’on attendait! Elle est totalement transportée par la musique, et nous invite, le temps du concert, dans un voyage dans le temps, dans l’Égypte des années 50. Quelle prouesse vocale!

Les minutes défilent, et les tubes aussi: Lessa Fakr, El Hob Koulou, El Ward Gamil… Les spectateurs chantent les paroles à tue-tête, les vivent. Au niveau du balcon, on aperçoit des silhouettes dansées. C’est une véritable fête qui est célébrée dans l’ensemble de la salle. Un sentiment de joie immense se fait sentir, et ça fait du bien!
La musique elle, comme à l’époque de la diva égyptienne, est belle et bien mise en valeur. Car si vousimage3 êtes de fin connaisseur de l’univers d’Oum Kalthoum, vous le savez surement, il est rare de tomber sur des chansons ne durant moins de trente minutes. Le concert ne durant qu’1h45, des coupures étaient donc nécessaire. Et quel bonheur de voir, ou plutôt d’entendre, que les longues introductions 100% instrumentales étaient gardées! Ainsi, les célèbres violons de Enta Omri survivent sous la direction du metteur en scène. On regrette cependant l’absence de certaines chansons. On aurait aimé que le concert dure pendant toute la nuit. Mais 23 heures approchent, et les dernières notes retentissent.

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Un pari risqué mais totalement réussi! L’ensemble des spectateurs ressort avec des étoiles dans les yeux. Sara Al Hani nous a éblouit tout au long de la soirée, elle a su faire re-vivre Oum Kalthoum à travers son chant. Un succès pour la boite de production qui nous a annoncé que ce type de concert hommage ne sera que le premier d’une longue liste. Le prochain artiste qui sera célébré sera, le rossignol arabe, Abdel Halim Hafez. On a hâte de voir ça!

visuel: ©/wikipédia/OumKalthoum

©/DR/BouabidElmeknassi

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Donia Ismail

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