Marionnette

Polichinelle se moque allègrement d’Atys, son double

Polichinelle se moque allègrement d’Atys, son double

04 décembre 2017 | PAR Victoria Okada

Atys de Lully, tragédie lyrique la plus populaire en son temps, était également l’un des opéras les plus parodiés. Jean-Philippe Desrousseaux et son équipe proposent la création d’un spectacle dans la plus pure tradition du théâtre de foire, en intégrant des éléments actuels comme cela se faisait déjà à l’époque.

Au XVIIIe siècle, les parodies d’Atys, reposant sur le phénomène de dégradation, remportaient un grand succès auprès de toute la population, de simples gens jusqu’aux membres de la noblesse. Atys travesti de Carolet (parodie pour marionnettes cre?e?e a? la Foire Saint-Germain en 1736), sur la base duquel Atys en folie est construit, rele?gue princes, princesses et rois au statut de paysans, marai?chers et poissonniers. Le spectacle se passe à la campagne où la marionnette Polichinelle, fouteur de pagailles, remplace vaillant et héroïque Atys, et Marguerite, souillon arrie?re?e qui vit dans un tonneau, supplante la belle Sangaride. Elle est promise au paysan Lucas mais partage son amour avec Polichinelle. La déesse Cybèle, qui reste… déesse, est si éprise de son Atys-Polichinelle, qu’elle nomme son jardinier (au lieu de Grand Prêtre dans l’opéra d’origine). Et là, l’imagination est intarissable quant à l’évocation grivoise de mots, jusqu’au ramonage du haut en bas. Déçue de ne pas réussir à obtenir son objet de désir, Cybele commande à son chien d’inoculer la rage a? Marguerite qui meurt immédiatement. A la demande de Polichinelle de lui rendre « sa poulette », elle le metamorphose en coq castre?.

Interaction entre les marionnettes et les acteurs-chanteurs dans un décor prodigieux
Suivant la tradition, Polichinelle, personnage de bois, interagit avec Marguerite, un être humain en chair et en os. Cybèle, digne de son statut divin, possède exceptionnellement une double représentation, en humain et en poupée. Par un jeu de déplacements, elle navigue entre ces deux états. Ces déplacements s’effectuent en entrant dans le castelet, un petit théâtre en bois possédant une véritable machinerie en miniature, ou en en sortant. Les changements de décors se font manuellement devant les yeux du spectateur, par les marionnettistes Jean-Philippe Desrousseaux (également metteur en scène et scénographe), Gaëlle Trimardeau et Bruno Coulon (qui jouent au début les rôles de la servante et du valet du directeur de théâtre de marionnette, qui se moquent de la déclamation à la comédie-française), dont nous ne saluons jamais assez les formidables talents. De la ferme en pleine campagne au palais de la déesse, mais aussi à l’enfer, la transformation est ingénieuse, d’autant que les décors peints sont d’une merveilleuse beauté, à une esthétique rappelant les peintres La Tour, Le Nain et Poussin. L’ensemble du dispositif scénique est éclairé par la création magique de lumières, conçue par François-Xavier Guinnepain, fin connaisseur du théâtre de cette époque. Devant ce castelet, ballots de paille, amas de pommes de terre, brouette, et bien sûr, le tonneau de Marguerite. Et Lucas, frappe? d’un trouble obsessionnel compulsif de l’accumulation, traîne partout un grand sac de toile dans lequel il conserve toutes ses casseroles et autres objets qui font de bruits terribles. Ce mélange d’esthétique est exquis et joyeux, qui représenterait un esprit libre et transgresseur que devraient animer ceux qui fréquentaient les théâtres de foire.

Grands chanteurs au service de la bouffonerie
Dans ce décor, trois chanteurs livrent leurs « numéros », des vaudevilles pour la plupart, avec des mimiques et gestuels toujours exagérés. Tout y est permis, à condition que ce soit drôle et bien fait ; ainsi, la célèbre mélodie de la « Marche des Turques » du Bourgeois gentilhomme est entonnée avec des paroles peu convenables, dans un arrangement cacophonique plein de dissonances et désaccords. Par ailleurs, l’introduction de la vielle à roue et de la musette dans des airs originellement « sérieux » renforce le caractère de la parodie. Le baryton Arnaud Marzoratti, en bon spécialiste de chants dans le registre populaire et mal connu, assume non seulement son personnage de Lucas en chantant parfois faux, mais aussi la direction artistique pour toute question de création vaudevillesque. Marie Lenormand est aussi savoureuse dans son chant déformé que gravement atteinte dans le rôle de Marguerite. Et Cybèle « si belle », qui suppose dominer la scène par son omnipotence, qui est bien évidemment ratée dans cette parodie, est assurée par un talent fou d’Alain Buet farceur, qui déclare son amour à Polichinelle, à la manière de Jonny Halliday, sa canne céleste en guise de micro : « Je t’aime à la folie ! »
Le spectacle ne doit pas se terminer sans inviter toute la salle à chanter, comme au XVIIIe siècle à la foire. Et on chante, en bonne humeur, les grands et les petits ensemble, heureux d’avoir passé un moment agréable en compagnie de notre héros : Polichinelle.

Atys en folie
Parodie de la tragédie lyrique Atys (1676) de Jean-Baptiste Lully (1632-1687) d’après La Grand-Mère amoureuse de Fuzelier et d’Orneval (1726) et Atys travesti de Carolet (1736).
Direction musicale, arrangements et adaptations : Arnaud Marzorati
Conception et mise en scène : Jean-Philippe Desrousseaux
Décor : Antoine Fontaine et Edith Dufaux-Fontaine
Costumes : Claire Planchez
Lumière : François-Xavier Guinnepain
Pour les marionnettes
Castelet et sculpture : Petr ?eza?
Peinture et costumes : Katia ?eza?ová
Conseillère théâtrale : Françoise Rubellin
avec
Alain Buet, Cybèle
Marie Lenormand, Marguerite
Arnaud Marzorati, Lucas

Marionnettistes
Jean-Philippe Desrousseaux, le marionnettiste Brioché
Gaëlle Trimardeau, Bruno Coulon, ses deux serviteurs
Ensemble La Clique des Lunaisiens :
Clémence Schaming, violon
Massimo Moscardo, théorbe
Isabelle Saint-Yves, viole
Christophe Tellart, vielle à roue
Blandine Rannou, clavecin
Anges-Nantes Opéra, du 28 novembre au 2 décembre

Visuels © Théâtre de l’Ambigu-Comique

Infos pratiques

Après la pluie de Sergi Belbel par Lilo Baur au Vieux Colombier
Quadrille de Sacha Guitry mise en scène par Florence le Corre au Funambule.
Victoria Okada

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