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Les légendes napoléoniennes en chansons

Les légendes napoléoniennes en chansons

05 novembre 2021 | PAR Victoria Okada

La Cité de la Musique propose régulièrement, dans son amphithéâtre, des concerts avec des instruments abrités par le Musée de la Musique, constituant la série « salon ». ces soirées font revivre ces instruments qui sont habituellement muets, étant exposés ou conservés dans les réserves. Le 3 novembre, « Salon Napoléon » a inauguré la série de cette saison, avec Les Lunésiens et les Cuivres romantiques, sous la direction artistique d’Arnaud Marzorati.

Napoléon Bonaparte, dont on fête cette année 200 ans de la mort, a fait naître non pas une, mais de nombreuses légendes. Souvent héroïques pour célébrer son génie militaire, elles illustrent également la vie, l’entourage, les défaites du général, du consul et de l’empereur, ou encore des vies de soldats.
Arnaud Marzorati déniche depuis de nombreuses années, dans des bibliothèques et des collections, ces musiques qui ne sont ni mélodie ni airs, profondément ancrées dans l’esprit des anonymes. Cette fois, il concocte un programme autour des légendes de cette figure de l’histoire, enregistré en disque sous le titre de « Sainte-Hélène La légende napoléonienne », à cette même Amphithéâtre (chez Muso, sorti en avril dernier).

trompette naturelle, forme demi-lune, Courtois frères, 1820-1830, Musée de la Musique E. 628 © Thierry Ollivier

 

Il fait alors eu une idée lumineuse de faire appel à des musiciens d’instruments à vent passionnés d’instruments anciens. Dans le disque, Sabine Devieilhe offre sa voix à quelques chansons, Daniel Isoir joue sur fac-similé d’un piano de Christopher Clark 1802, Laurent Madeuf, l’orgue de barbarie en 1895 et Marie-Ange Petit tient les percussions. Si le concert de ce soir se prive d’eux, les musiciens des Cuivres Romantiques (fondés en 2003) évoquent parfaitement les propos, grâce notamment à des trompettes naturelles en forme circulaire (comme un petit cor) ou demi-lune, et des cors naturels, de facteurs Raoux et Courtois frères, du Musée de la Musique. Ils ont une sonorité plus corsée que ceux modernes, donnant donc beaucoup de caractère à la musique. Cela doivt bien évidemment à nos musiciens ; Jean-Daniel Souchon, Pierre-Yves Madeuf, Lionel Renoux, et bien sûr, Jean-François Madeuf, l’un des plus grands spécialistes de trompettes d’époque et le fondateur des Cuivres Romantiques. On entend également un trombone buccin (avec tête de serpent à gueule ouverte à la place du pavillon), un ophicléide ou un serpent joués par Cyrille Grenot et Patrick Wiart, ces cuivres (le serpent est un bois mais on le classe chez les cuivres) qui prennent vie sous leurs souffles experts.

 

Arnaud Marzorati chante en solo accompagné d’un ou de plusieurs vents, mais explique aussi l’origine de chansons ou le contexte historique en livrant des commentaires, et ce, en excellent orateur que nous lui savons. Sa manière de parler et de chanter rappelle parfois celle de chansonnier dans notre souvenir lointain, transmis par les vieux enregistrements en cylindre ou phonographiques. Il alterne les mots, les chants et les musiques. Les trois chanteurs, le ténor David Ghilardi, le baryton Igor Bouin et la basse Geoffroy Buffière naviguent librement entre les expressions sérieuses et comiques. Quelques gestes de main et des grimaces viennent illustrer les paroles de : Les Mérites de Bonaparte, Le Sacre de Napoléon, Le Tombeau de Joséphine, La campagne de Russie, Le Roi d’Yvetot, La Bataille de Waterloo… Entre ces chansons s’insèrent fanfare, sonnerie et marches instrumentales, de David Buhl, de Giovanni Paisiello et de Luigi Cherubini.

Ces compositions populaires souvent destinées à colporter des idées et des nouvelles, étaient d’habitude chantées en timbre (de nouvelles paroles sur des airs connus) sans accompagnement. Maxim Aulio, « fin connaisseur des instruments anciens et de la musique de cette époque », est alors appelé pour des arrangements. Il compose ainsi avec des instruments des périodes de Consulat, de l’Empire et de la Restauration, avec une subtilité qui nous fait tendre l’oreille.

A la fin, en bis, toute la salle entonnait dans une joyeuse convivialité le refrain de la Chanson d’oignon : Au pas, Camarad’, au pas, Camarad’, au pas, au pas, au pas...

Photo principale : Arnaud Marzorati et Les Cuivres romantiques © Laurent Madeuf

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