Spectacles

Hair au Trianon : les  » pour  » et les  » contre  »

28 janvier 2009 | PAR Annabel
hair
hair

La comédie musicale Hair renaît au Théâtre du Trianon à Paris, 40 ans après son succès au Théâtre de la Porte Saint Martin avec Julien Clerc en vedette. Si la musique est toujours aussi entraînante et le thème aussi fédérateur, les comédiens sur-jouent et les chorégraphies ne semblent pas à la hauteur de l’ambition du spectacle. Un tableau des « pour » et des « contre » sur ce spectacle farfelu.

L’histoire : Claude et Berger (Burger pour les intimes) sont les leaders de la tribu de l’Aquarius dans laquelle on vit d’amour, d’eau fraîche, de rock et de liberté. Claude doit se présenter à l’armée pour se faire enrôler. Il se pose des questions sur sa place et son devoir dans la société. Sa tribu tente de le convaincre de rester parmi eux.
Les « pour » :
Une bande de jeunes énergiques et furieusement sensuels qui nous emmènent dans leurs rêves, cela ne se refuse pas. Des costumes extravagants, des coupes de cheveux étonnantes, pas forcément hippies d’ailleurs, mais plutôt de notre temps, cela se laisse regarder. De beaux jeunes hommes aux torses bombés, de belles jeunes femmes aux lignes douces, cela ne peut laisser indifférent.
Des voix pour la plupart très travaillées, avec une mention spéciale pour Antoine Lelandais dans le rôle de Woof qui repousse les limites des octaves masculines avec brio, cela ravit les écoutilles. Une synchronisation très réussie entre les acteurs/danseurs/chanteurs, presque millimétrée, peut satisfaire les chorégraphes les plus exigents. Un échange et une proximité avec le public qui créent une complicité immédiate. Toujours de beaux jeunes hommes mais cette fois qui se dénudent, ceux-là non plus ne laissent pas indifférents.
Une reprise des tubes « Hair », « Aquarius », « Let the sunshine » qui ne manquent pas d’émouvoir et qu’on pourrait réécouter sans cesse.
La scène où les parents sermonnent Claude est réussie parce qu’elle dénote des autres grâce à une belle inventivité.
Si vous avez envie de retrouver vos compagnons de route de Mai 68, courez au Trianon, ils sont tous là, parmi les spectateurs, quelques sillons en plus, la larme à l’oeil dès que les premières notes de « Let the sunshine » retentissent. La scène finale dans laquelle Claude dépose les armes renoue avec l’émotion du spectacle de 1969.
On sort de la représentation affublé d’un dynamisme qu’on ne s’imaginait pas, avec une chanson magnifique en tête pour le reste de la semaine.
Les « contre » :
Si le thème de Hair est toujours d’actualité, cette reprise manque de poids. Les acteurs jouent les rebelles hippies, mais l’objet de leur rébellion est entaché d’obsolescence. Les thèmes de « l’amour pas la guerre », de l’apologie de la « marie-jeanne » résonnent différemment aujourd’hui, ils sont presque éculés et méritent un approfondissement ou un angle nouveau. Hair en 1969 à Paris était en osmose avec son époque. Hair en 2009 semble avoir perdu de cette osmose.
Les acteurs surjouent beaucoup. Pour certains, comme Berger (Laurent Ban, qui semble avoir trouvé un rôle à la mesure de sa sensualité), l’excès est tellement démesuré qu’il en devient importun. À tel point que Claude, le personnage principal, passe au second plan alors que ses interrogations sont les plus passionnantes.
Les chorégraphies sont parfois faciles, l’une des premières chansons sur Berger qui cherche une vierge de 16 ans, voit une jeune femme arriver sur scène pour brandir une pancarte sur laquelle il est écrit : 16 ans pas plus. Une redite inutile et vulgaire qui empêche d’apprécier les danses en fond de scène. Certains chanteurs poussent trop la voix à l’instar du personnage de Leata, d’autres pas assez comme Claude. Les acteurs cherchent à construire un monde « trash » et en marge de la société, mais ils n’explosent aucun code. On aurait aimé que les acteurs en fassent moins. Du même coup, des scènes simples, comme celle dans laquelle Woof énumère des termes liés à la sexualité, au rythme de légers mouvements de fessiers des autres danseurs, dos au public, ressortent. Elles font même sourire, voire rire.
En conclusion, un spectacle à voir si vous êtes des inconditionnels du Flower Power et des torses bien dessinés.
Hair au théâtre du Trianon, jusqu’au 28 mars 2009. 80 boulevard Rochechouart, métro Anvers , du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h30, jusqu’au 28 mars. De 27,50 à 52,80 euros. Résa : 01 44 92 78 04.

 

Annabel Benhaiem

 

Notre sélection des sorties ciné de la semaine du 28 janvier
O Carmen, un opéra clownesque au théâtre du Rond-Point
Annabel

3 thoughts on “Hair au Trianon : les  » pour  » et les  » contre  »”

Commentaire(s)

  • Frafra

    Horrible spectacle, à oublier! Mais j’ai du mal… et pourtant ils chantent bien, ils dansent bien, ils sont tous et toutes mignons, mais adapter Hair en français c’est impossible.
    Je suis parti à l’entracte, et je déconseille d’aller le voir. Seul chose que je ne regrette pas, est d’avoir acheté les billets dont une partie était destiné à la recherche pour la sclérose en plaque. Mais j’aurai mieux fait de donner la totalité du prix du billet à la recherche!!!
    Tous liens possible avec l’actualité résultent forcés et ringards. Toutes ces danses qui rappellent des accouplements, tout est faux et forcé…
    Le pire: Sodomy song en français dans une scène qui est bien loin de celle ou cette chanson était chantée dans le film.
    UN BIDON!

    février 16, 2009 at 13 h 35 min
  • carine

    Les artistes 10/10 le spectacle un peu moins:

    Avant d’aller voir le spectacle j’ai lu de très mauvaises critiques mais d’après moi, les gens ont lâché leur venin un peu trop facilement. Il ne faut pas tout confondre!
    C’est vrai que le spectacle tire un peu en longueur par moment et qu’il est difficile de voir où il va. Mais il y a de très bons tableaux, de bonnes chorégraphies, une bonne mise en scène. J’aurai aimé que les personnages soient un peu plus approfondis, on a du mal à s’attacher à eux car on ne les connaît pas assez, hormis les 2 personnages masculins (Claude et Berger)
    Pour pousser la critique, il y aurait aussi des efforts à faire côté sonorisation, mais encore une fois il ne faut pas tout confondre.
    Les artistes sont vraiment d’une grande qualité, toute la troupe est formidable il n’y a pas un seul canard boiteux. Très bon casting.
    Ce spectacle mérite d’être vu et qu’on médite sur le message…Pour ma part j’y retournerai avec encore plus de plaisir que la 1ère fois.

    février 20, 2009 at 11 h 33 min
  • serge

    A frafra
    j’ignore à quelle génération tu appartiens, mais si tu as connu Hair en dehors de son époque, par le biais de discographie américaine ou anglaise, ton doute quant à l’adaptation française peu se comprendre.
    cependant, cela a déjà été fait (avec notamment julien clerc et gerard lenorman dans le role de claude) en 1969. a l’époque, le New York Times ira même jusqu’à écrire que « la version française est sans doute la meilleure, la plus hippie et la plus festive ».
    je pense surtout qu’il est dommage de transformer cette comédie musicale témoin de son époque en une pâle adaptation ultra décalée dans son message aujourd’hui.
    le bourgeois gentilhomme se doit de rester dans l’époque de molière, hair dans celle des beatniks et de hippies. le vietnam n’évoque pas la même chose que l’irak.

    juin 29, 2009 at 10 h 50 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *