
Festival Paris l’été : dressage silencieux avec Bartabas
Bartabas et son cheval Tsar présentent dans le cadre à la fois du Festival d’Automne et de Paris l’été, Entretien Silencieux à l’Académie équestre de Versailles. Un spectacle intime et de douceur, toutefois réservé aux connaisseurs.
« Me revoilà en émoi, monté sur ce géant aux yeux doux qui, une dernière fois peut-être, emportera mes fesses à l’aventure », partage Barbatas, dans D’un cheval l’autre aux éditions Gallimard. Avec Entretien Silencieux – initialement prévu en décembre 2020 au Festival d’Automne – le spectateur fait la rencontre de ces deux inséparables, dans le cadre du Festival Paris l’été. Le géant, 7 ans, se nomme Tsar, et mesure un mètre quatre-vingt-quinze au garrot. L’homme, Bartabas, 70 ans, n’est plus à présenter. L’un vêtu d’un pantalon et d’une veste noirs, l’autre de sa robe noire pangaré, ils s’avancent sur la scène de sable, sous le silence du public. Après avoir réglé la sangle et les étriers, voilà le cavalier en scelle, et le cheval prend le pas.
Silence sonore dans le manège
Pour Entretien Silencieux, Bartabas s’associe avec Manuel Poletti pour créer une ambiance sonore qui donne aux spectateurs cette impression d’être aux côtés du cheval. Des micros captent le moindre souffle de Tsar, ses bruits des sabots, pour mettre en musique l’intimité de l’homme et du cheval qui font corps. Par ailleurs, la communication entre les deux artistes ne passe qu’à travers les jambes et les claquements de langue de Bartabas. « Dans ce spectacle, j’ai envie de montrer comment, simplement, la dévotion à son travail, à son art, à l’écoute de son cheval, peut dégager une émotion universelle. C’est une aventure qui place le spectateur dans la proximité, dans l’intimité, presque jusqu’à l’impudeur… qu’il puisse surprendre ce qui n’est pas fait d’ordinaire pour être vu. »
Le charme du dressage
Si la performance peut paraître peu spectaculaire voire minimaliste pour certains, la technique du dressage est souvent bien plus complexe qu’elle ne laisse paraître. Alors, un certain engouement pour l’équitation est peut-être nécessaire afin de savourer pleinement le spectacle, et pour comprendre les prouesses – maîtrisées à la perfection – du cavalier. Petit galop, recule, arrêt, pas espagnol, ou encore incurvation, un cours d’équitation d’une grande qualité défile sous les yeux des spectateurs, qui attirent parfois l’attention de l’animal.
Après une heure de représentation intimiste, Bartabas met pied à terre. Une ou deux friandises viendront satisfaire Tsar, pour avoir parfaitement exécuté les exercices demandés. Sans avoir laissé un regard au public, du moins de la part de l’homme, les deux acolytes ouvrent les portes de la scène, laissant entrer les rayons du soleil sur le sable. Et disparaissent, sur un silence.
Visuel : Bartabas © Franck Fokerman