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Le foisonnement artistique du Centre Pompidou Metz

Le foisonnement artistique du Centre Pompidou Metz

21 juillet 2021 | PAR Laetitia Larralde

Depuis sa réouverture le 19 mai dernier, le Centre Pompidou Metz rattrape le temps perdu avec une programmation très riche. Entre Arcimboldo, les structures gonflables ou encore les vitraux de Chagall, vous en ressortirez étourdis et le cerveau en ébullition.

Arcimboldo, un portrait par l’art

Face à Arcimboldo est la première exposition du Centre Pompidou Metz pensée par sa nouvelle directrice, Chiara Parisi, cocommissaire avec Anne Horvath. Hommage au peintre italien du XVIe siècle, l’exposition cherche à mettre en valeur la communauté intellectuelle partagée par les artistes de son époque jusqu’à nos jours. Prenant pour référence l’exposition L’Effet Arcimboldo du Palazzo Grassi de 1987, l’exposition propose au visiteur un grand jeu de piste artistique.

Si l’une des caractéristiques de la Renaissance était la volonté de connaître la nature par la merveille, l’étrange et la surprise, voire même la monstruosité, alors ce principe a été repris ici pour comprendre Arcimboldo et son œuvre. Par la juxtaposition d’œuvres datant de l’Antiquité à aujourd’hui, l’exposition crée un portrait à la manière du maître, n’hésitant pas à opérer des fusions troublantes, désorienter le visiteur ou proposer un basculement du point de vue.

La liste des artistes présentés est impressionnante. Outre les œuvres d’Arcimboldo, dont deux vitraux du Duomo de Milan décrochés exceptionnellement pour l’occasion, on croise Pierre Huyghe, Cindy Sherman, Chéri Samba, Pablo Picasso, Francis Bacon ou encore Niki de Saint Phalle, Gustave Courbet et Albrecht Dürer, parmi les plus de 130 artistes.

La scénographie, réalisée par Berger&Berger, faite d’une série de murs de béton cellulaire bruts, est elle aussi en rupture avec les scénographies précédentes du Centre Pompidou Metz. Selon les idées du maniérisme, courant artistique dont faisait partie Arcimboldo, l’espace est indéfini : pas de parcours imposé, pas de hiérarchie entre les œuvres et des cartels détachés de l’œuvre. Entre fascination et dégoût, le visiteur se crée son propre cheminement dans l’esprit du peintre, dans une exposition qui ne peut pas laisser indifférent.

Aerodream, l’utopie gonflée

Dans un tout autre registre, l’exposition Aerodream propose une histoire des structures gonflables dans le design, l’architecture et les arts plastiques de 1960 à 1973, année de la crise pétrolière qui mit fin à une utopie trop basée sur l’industrie pétrochimique. L’exposition commence par l’ampoule de Marcel Duchamp, Air de Paris, et se développe dans de nombreuses directions allant de l’architecture du pavillon Fuji de Yutaka Murata, pour l’exposition universelle d’Osaka, au mobilier gonflable de Quasar en passant par le décor de cinéma, le happening ou l’architecture écologique.

Nées des recherches militaires et des nouveaux matériaux plastiques, les structures gonflables ont été porteuses de nombreuses utopies. Leur nature même, une fine membrane colorée à l’envi, remplie d’air, incarne à la fois une idée d’impermanence, de légèreté, de mobilité et de jeu. L’architecture gonflable permet de s’affranchir des fondations en dur des bâtiments et de penser des structures mobiles et modulables qui ne laisseront pas de trace sur leur environnement (l’impact de l’industrie pétrochimique n’était alors pas conscient).

Le gonflable devient, pendant une petit dizaine d’années, l’incarnation d’une culture et d’un mode de vie pop et ludique que l’on retrouve au cinéma et dans les grandes expositions artistiques comme la Documenta de Cassel. Mais il porte également une critique sociale et politique de par sa nature éphémère et simple à mettre en place qui favorise l’action dans l’espace public, comme l’ont fait Coop Himmelb(l)au, Yves Klein ou Hans Hollein.

Brutalement abandonné, le gonflable revient peu à peu ces dernières années, car ses qualités qui ont séduit architectes et artistes répondent encore aux problématiques actuelles d’impact environnemental ou de mobilité. Si Kengo Kuma l’utilise pour un pavillon de thé, Anish Kapoor et Arata Isozaki en font une salle de concert itinérante et l’Atelier Zündel Cristea imagine un pont pour Paris. Avec l’avancée dans la recherche sur les matériaux, sur les textiles organiques par exemple, permettant de s’affranchir du plastique, l’architecte peut recommencer à rêver de s’envoler.

Chagall, sculpture moderne et Yoko Ono

Le Centre Pompidou Metz propose également l’exposition Chagall, le passeur de lumière, conçue avec le musée Marc Chagall de Nice où elle partira cet automne. Après les destructions de la Seconde Guerre mondiale, Chagall a cherché à redonner du sens et de la vitalité aux hommes fatigués, dans un idéal de liberté et de paix. On explore ici l’importance du vitrail dans la carrière de l’artiste par une série de dessins, peintures, gravures, collages et bien entendu plusieurs vitraux.

Dans la Galerie 1, le Centre Pompidou continue la relecture de ses collections sur le thème de la sculpture du début du XXe siècle à nos jours. De la naissance de l’abstraction à sa déconstruction contemporaine, on retrouve Brancusi, Giacometti ou Bruce Nauman, accompagnés par une médiation en image et une « petite histoire de la sculpture moderne » imaginée spécialement par Falke Pisano.

Enfin, devant le café du Centre, dans le Paper Tube Studio de Shigeru Ban qui avait élu domicile sur les toits du Centre Pompidou Paris pour la création de celui de Metz, l’œuvre Mend Piece de Yoko Ono attend les visiteurs. Créée en 1966, l’œuvre est participative et invite le public à créer son objet à partir de morceaux de vaisselle cassée, puis à le laisser sur place pour créer ainsi une collection d’objets réparés.

Cet été, l’art se trouve sous toutes ses formes au Centre Pompidou Metz !

Face à Arcimboldo
Du 29 mai au 22 novembre 2021
Aerodream
Du 30 janvier au 23 août 2021
Chagall, le passeur de lumière
Du 21 novembre 2020 au 30 août 2021
Yoko Ono, Mend piece
Du 1er avril au 31 octobre 2021
Centre Pompidou Metz

Visuels : 1- Affiche de l’exposition Face à Arcimboldo © M/M (PARIS) / 2- Vue de l’exposition Face à Arcimboldo (Patrick Neu, Masque, 2010 et Masque nô, 2021 © Adagp, Paris, 2021 – Antonio Rasio, Inverno [Hiver], 1685-1695 – Anonyme, Custode dell’orto [Gardien du jardin], 1664 – Giorgio de Chirico, La Famille du peintre, 1926 © Adagp, Paris, 2021) © Centre Pompidou-Metz / Photo Marc Domage / 2021 / Exposition Face à Arcimboldo / 3- Giuseppe Arcimboldo, Les Quatre Saisons, Le Printemps, 1573 ; huile sur toile, 76 × 63,5 cm ; Paris, musée du Louvre, département des Peintures. Photo ©RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/Jean-Gilles Berizzi / 4- Murata Yutaka, Pavillon du groupe Fuji, Exposition universelle d’Osaka, 1970 © Murata Yutaka © Photo courtesy of Osaka Prefectural Government / 5- QUASAR, Ensemble de mobilier gonflable, 1968 : Fauteuil Chester, Kit de réparation pour gonflables, Pouf, Fauteuil gonflable Venus, Canapé Chesterfield, Fauteuil Satellite, Canapé Apollo, Pouf haut, Plafonnier, Suspensions petit et grand modèle et Cloisons, 1968 © Droits réservés © Centre Pompidou-Metz / Photo Didier Boy de la Tour / 2021 / Exposition Aerodream / 6- COOP HIMMELB(L)AU, City Soccer, Vienne, Autriche, 1971 © COOP HIMMELB(L)AU © Katharina Vonow

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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