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Un dimanche au festival Emancipéés, entre littérature et chanson

Un dimanche au festival Emancipéés, entre littérature et chanson

26 mars 2018 | PAR Lili Nyssen

Toute La Culture était le 25 mars au Festival Emancipéés à Vannes. Avec Arnaud Cathrine comme conseiller artistique, Ghislaine Gouby (directrice de Scènes du Golfe) et Gabriel Sauvet (Président de Scènes du Golfe) offrent au public un festival qui prône l’hybridité littéraire, mélangeant chanson et littérature, « et autres libertés ». Voici donc notre petit compte rendu de la journée. 

 Dans les coulisses de la création – entretien avec Chistophe Conte

Le journaliste pillier des Inrockuptibles Christophe Conte était reçu hier aux Emancipéés à Vannes pour nous parler de son livre baptisé “Daho”, une biographie d’un des chanteurs les plus influents des trente dernières années. Cette biographie s’est faite avec l’accord du chanteur, qui, ayant toujours refusé les propositions des journalistes, a accepté celle de Christophe Conte après avoir lu une critique de l’un de ses albums dans le journal. Le livre est alors le fruit d’une collaboration bienveillante des souvenirs et de la plume, basée moins sur l’anecdote people que sur la démarche créative d’Etienne Daho. Lorsque Conte nous en parle, il évoque avec fascination et sobriété le caractère obsessionnel de l’homme qui, vu la manière dont il l’évoque, semble être devenu un personnage de roman, aux aspirations démesurées, aux réussites qui viennent combler les échecs, aux espoirs et parfois, aux désillusions. Avec l’assurance du connaisseur, Conte parle d’influences, de collaborations artistiques, dément des rumeurs et tente de voir au delà des aléas de la vie : les imprégnations artistiques. Etienne Daho est aussi le prisme à travers lequel Christophe Conte regarde une histoire beaucoup plus large de la musique française.

Sieste acoustique #2 – Bastien Lallemant et invités

Après un succès radieux l’an dernier aux Emancipéés, le festival a décidé cette année de programmer les siestes accoustiques deux fois, les 24 et 25 mars.
Difficile de restituer la sieste acoustique de Bastien Lallemant, ni même d’en visualiser de clairs souvenirs, car l’effet souhaité est celui accompli : on s’endort, doucement. Sur la Passerelle du Palais des Arts, Bastien Lallemant, à la guitare et à la voix, nous berce, accompagné du gratin de la nouvelle scène française : Albin de la Simone,Maissiat, Armelle Pioline, et Maëva Le Berre au violoncelle. Allongés ou affalés entre transats et coussins, nous fermons les yeux et nous laissons divaguer au son de ces petites chansons toute douces, qui évoquent la plage, l’amour et le voyage. Comme précisé au début de la sieste, à nous de le vivre avec ce que nous sommes. Alors chacun son expérience. Pour ma part, j’ai vu les chansons se déconstruire et s’assembler en d’autres sens, tels les legos d’un château deviennent les pilliers d’un circuit à petit train. Quoi qu’il en soit, l’expérience était douce… et le réveil violent, provoqué par un tonnerre d’applaudissements.

Les Grands Entretiens – #2 Georges Simenon

Les grands entretiens font revivre des écrivains et nous collent en face des intonations désuettes et classieuses d’un Simenon arraché à son espace-temps, rescucité par le talentueux Clément Beauvoir. Avec un humour qui se loge dans la faille temporelle, mais aussi dans le ton de l’entretien journalistique et de l’anecdote, Clément Beauvoir et Olivier Berhault parviennent tout de même à rendre palpables d’éternels questionnements littéraires, limites des mots et puissances de la sensation, loin d’une parodie burlesque et vide de sens. Sur une petite demi-heure d’entretien, forme théâtrale rare et dont la confidentialité entraîne une agréable proximité du public à l’écrivain, “l’homme aux dix-mille femmes” se débat avec les rumeurs sur son compte, s’étend avec fausse modestie sur son rapport à la littérature, rit de ses humeurs et de s’entendre parler. On bascule dans une forme de réalisme décalé où vie et littérature sont prises dans leur ensemble, où la voix d’un écrivain résuscité ne perd presque pas l’aura qu’elle provoquait de son vivant. Une forme courte qui s’enracine parfaitement dans la continuité de ce festival qui célèbre la littérature et l’hybridité des créations.

Le seigneur des porcheries de Tristan Egolf – Alice Zeniter

Création originale du festival, cette lecture musicale par la romancière Alice Zeniter (Prix Goncourt Lycéen) est celle du Seigneur des Porcheries, de Tristan Egolf, paru en 1998 alors que celui-ci n’a qu’une vingtaine d’années. Le Seigneur des porcheries, c’est une écriture colérique et tranchante, impulsive et incisive, qui raconte la violence de la marge, la curiosité de l’autre, la misère de l’esprit. L’auteure de L’art de perdre, Goncourt Lycéen 2017 édité chez Flammarion, doit s’emparer de l’oeuvre d’Egolf, accompagnée de Nathan Gabily, bassiste, et de Benoît Seguin, batteur. Il s’agit de bien s’accrocher au texte, car la relative vitesse de diction peut tant être véhicule de dynamisme que facteur de décrochage narratif. Mais ce qui frappe, ce qui est le coeur de la création, c’est le texte d’Egolf, pourtant absent mais qui de ses mots, pique au coeur. Pour le reste, la musique qui a vocation d’accompagner ses élans, a tendance à les masquer, se faisant parfois plus sonore que le texte lui-même, ce qui, d’après une spectatrice, va jusqu’en empêcher parfois la compréhension littérale. Toujours est-il qu’Alice Zeniter, joueuse de mots, s’éprend du texte et en offre une lecture passionnée et délirante.

Ceux qui m’aiment – Pascal Gregory

Le titre du spectacle est aussi celui d’un film de Patrice Chéreau, Ceux qui m’aiment prendront le train, dans lequel a joué Pascal Grégory, le plus grand collaborateur de Chéreau, et également son compagnon de vie pendant des années. Le comédien donc, dans Ceux qui m’aiment, reprend des textes de Chéreau, mort en 2013 et dont les écrits sont tant de témoignages artistiques que d’évocations dans l’intimité amoureuse. Pascal Gregory fait revivre tourments et élans créatifs à travers cette mise en scène délicate, où il nous expose également des documents de travail, réflexion d’esthétique et de philosophie autour du jeu d’acteur, de la réalisation et de l’écriture.

©Gilles Vidal

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Lili Nyssen

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