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[Chronique] « Tropiques » de Maissiat : à écouter pour voyager

[Chronique] « Tropiques » de Maissiat : à écouter pour voyager

09 janvier 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Maissiat

[rating=3]

A l’occasion du Prix Barbara 2013, qui a couronné la jeune chanteuse Maissiat, retour sur son album Tropiques, envoûtante invitation à voyager, remplie de glissements et de ruptures. Un ton original, qui sait se démarquer de ses modèles.

Un jaguar posté sous des palmiers, sur une plage bordée de végétation tropicale. Au loin, d’épais nuages semblent menacer cet endroit calme et paradisiaque. Le jaguar nous dévisage. Ce visuel de la pochette du premier album de Maissiat Tropiques, semble au premier abord riche de significations. Se voit-elle dans cette bête sauvage qui fait en même temps rêver ? Sont-ce ses nuages intérieurs qui arrivent sur nous ? A l’écoute du premier titre, « Le départ », on retrouve ce qu’on a imaginé : de la tristesse, distillée avec un calme apparent, sous lequel perce une force de fauve. On sait que le prix Barbara a couronné en décembre 2013. Il y a quelque chose de la grande dame dans cette première chanson. On peut rêver et s’émouvoir.

Maissiat est-elle triste ? Elle a l’art, en tout cas, de traduire ses sentiments sombres sans lourdeur aucune. Sur son deuxième titre, « Trésor », s’invite une batterie. « La fabrique des fauves », la troisième chanson, est entêtante juste comme il faut. Puis vient une chanson très simple, « Havre-Caumartin », qui parle avec douceur d’une perte.

Ce qui marque, également, ce sont les glissements qui s’opèrent au sein de l’album. Dans sa deuxième moitié, les chansons se font plus complexes. Ainsi, « Soûle » utilise un tourbillon de mots qui déstabilise l’auditeur. Et à la fin de « Jaguar », elle s’autorise des incursions loin de son éternel piano, dont les notes accompagnent toutes les chansons. Un goût pour le risque donc. Tout est là pour qu’on puisse voyager.

La conception et la réalisation de Tropiques ont pris trois ans à Maissiat. Devenue chanteuse et musicienne – guitare et piano – à 22 ans, d’abord au sein du groupe Subway, puis en solo, la demoiselle, âgée aujourd’hui de 31 ans, a d’abord édité ses premiers titres sur un EP, avant de voir sortir son album en février 2013 et d’être nommée pour le prix France Culture-Télérama. On l’a comparée à Françoise Hardy : très juste tant sa plume et sa musique savent se montrer légères, et évoquer la gravité en douceur. A Alain Bashung également : on rencontre cette figure au détour d’une ligne, lorsque les mots se font plus complexes et se plaisent à nous égarer. Un tout petit peu d’Etienne Daho, enfin, pour l’aspect voyageur des chansons.

Maissiat sera sur scène à Paris le 12 février aux Trois Baudets, mais hélas, plus de places. Si vous n’avez pas la patience d’attendre d’autres concerts parisiens, allez la découvrir à Tremblay-en-France le 5 avril. L’occasion de profiter en grand de ses chansons mais aussi de sa voix aux sonorités graves et puissantes, très mûre. Dépaysante.

http://youtu.be/AkAnudDRzQE

Maissiat, Tropiques, 2013, 3ème bureau, 37 min.

Visuel : (c) pochette de l’album Tropiques de Maissiat

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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