Danse

Vidéodanse spécial Voguing : The Fire Flies de Baltimore brillent sur le plateau du Centre Pompidou

Vidéodanse spécial Voguing : The Fire Flies de Baltimore brillent sur le plateau du Centre Pompidou

07 octobre 2013 | PAR Smaranda Olcese

Dans le sillage d’un focus sur le Voguing, qui va des représentations d’Antigone Sr, Twenty Looks or Paris is Burning…, version L de Trajal Harrell, aux ateliers Hold My Unicorn invitant un public jeune à prendre la pose au Studio 13/16, Vidéodanse programme une soirée spéciale imaginée par le photographe et vidéaste Frédéric Nauczyciel comme une plongée au cœur de la Ball-room Scene de Baltimore.

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Rendez-vous régulier dédié aux films de danse et autres documents rares autour du travail des chorégraphes, la soirée Vidéodanse de ce début d’octobre se déploie de manière séduisante sur le double registre de l’image en mouvement et de la performance live sur le plateau du Grand Studio du Centre Pompidou. Dans un premier temps vient le film The Fire Flies, Francesca, Baltimore. Ses séquences brutes répondent davantage à la logique d’une installation vidéo. Frédéric Nauczyciel décline d’entrée de jeu les carcans documentaires – Paris is Burning, réalisé dans les années 80, reste la référence historique en terme de Voguing.

L’alternance entre les plans de jours d’une ville qui se dévoile à travers les vitres d’une voiture, dans des travellings lisses et placides et les plans de nuit, impurs, instables, sous le sceau d’un affolement des capteurs et des sens, dans les clubs et ball-rooms, jalonne un cheminement tortueux, non-linéaire, semé d’embuches et d’apparitions hallucinées au cœur du monde du Voguing de Baltimore. Il s’agit pour le réalisateur de restituer de manière volontairement lacunaire une réalité physique. Frédéric Nauczyciel poursuit ses recherches sur les représentations de la masculinité, rejoue les questions du centre et de la périphérie, de la présence dans la ville et sur scène.

L’irruption à l’écran de Francesca, flamboyante drag-queen new-yorkaise, dans deux séquences troublantes où la caméra devient à tour de rôles miroir et réceptacle d’un regard et d’une voix envoutants, parachève le brouillage des frontières entre la géographie physique d’une ville qui sombre lentement dans la décrépitude et les multiples géographies émotionnelles qui la rendent dense et imprévisible, capable d’accueillir le petit miracle, fragile, impromptu, si pasolinien, des lucioles. La musique des clubs déborde les images fades du jour, rumeur des splendides et insolentes créatures de la nuit qui y déploient une impétueuse poétique de la survie, « dieux dans les ghettos, qui évoluent sur les podiums comme s’ils marchaient sur l’eau ». Les images se téléscopent, se dédoublent dans des split screens se chevauchent, font l’aveu de leur impuissance à transmettre la force et l’insolente liberté de ces êtres aux noms fabuleux.

L’entrée en scène de Dale Blackheart nous en donne la mesure. Frédéric Nauczyciel a écrit pour et avec lui un solo, Control – Unlimited Natural Tender, tissé de moments suspendus et poses sensuelles, dont le ralentissement extrême, presque irréel, des rythmes effrénés, et la recherche de l’épure imposent, tel un théorème irrévocable, le pouvoir de séduction du performeur. Il subjugue la salle d’un simple battement de paupières. Ce mélange d’arrogance, de narcissisme et d’incroyable fragilité fascine. Loin d’évacuer la part impure, hybride et vivante de ces danses des périphéries, cette transposition sur le plateau du Centre Pompidou met en lumière des tensions particulièrement fertiles.

photographies © Frédéric Nauczyciel et Bertrand Delous

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Smaranda Olcese

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