Danse

« Tropismes », la ballroom vide de sens d’Olivier Dubois

« Tropismes », la ballroom vide de sens d’Olivier Dubois

02 avril 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Présenté jusqu’à hier au Centquatre, au très bon festival Séquence danse (ne ratez pas Naïf production ce week-end ), la dernière création de l’ancien directeur du Ballet du Nord épuise malgré des efforts évidents.

Au commencement, ce que l’on voit est très joli et très élégant, beaucoup trop joli et beaucoup trop élégant. Nous sommes dans une Black Room, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Le sol est miroir, ce que nous adorons. Cyril Accorsi, Marie laure Caradec, Steven Hervouet, Aimée Lagrange, Sophie Lèbre, Sébastien Ledig, Vianney Maignan et Sandra Savin marchent lentement et se croisent et se décroisent comme dans le chef-d’œuvre d’Olivier Dubois Tragédie (2013). Les pas appuyés de légères ondulations se font au rythme exact des beats  pour l’instant étouffés de l’excellent François Caffenne, compagnon de route brillant et fidèle du chorégraphe.

Sur le papier, cette pièce est géniale. Géniale car elle intervient  après Les Mémoires d’un seigneur et 7 x Rien comme réponse chorégraphique à La divine comédie, géniale car elle invite la danse populaire, la vraie danse populaire celle des boites de nuit, sur la scène du 104. Mais rien n’y fait, tout est parfait et tout le parfait mis ensemble devient insipide.

L’écriture chorégraphique est illisible et n’apporte aucune nouveauté. On ne peut s’empêcher de comparer : les rebonds de Jan Martens, la fureur de la (H)orde ou les travaux de François Chaignaud, de Thomas Lebrun sur la danse de dance floor.  Il devrait y avoir ici une urgence de vivre, une électricité désespérée mais le transfert avec les interprètes ne se fait pas. On les voit danser, bondir et s’offrir à un rythme fou,  mais ils ne nous atteignent pas. 

Le pas est très simple et cela n’est en rien un reproche. On a vu récemment les danseurs de Rosas marcher avec un talent monstre sur la scène de l’opéra Garnier. Le simple n’est pas un ennemi. Olivier Dubois a eu la bonne idée de beaucoup regarder visiblement les hommes et les femmes danser et s’amuser aussi à reproduire les déhanchés iconiques des podiums. Pourtant cela reste très figuratif et très appuyé. Le pas est rythmé par la musique et par la lumière dans une écriture qui explique bien trop ce que l’on voit, et ce qui est expliqué reste très en surface. Danser pour oublier que l’on est mortel, cela n’est pas neuf au moins depuis la célèbre citation « Dansez sinon nous sommes perdus » de Pina.

Comme dans Fix me d’Alban Richard où Arnaud Rebotini envahissait la scène, dans Tropismes la musique devient omniprésente et maîtresse du jeu. Le DJ et c’est là bien sa fonction première fait danser la foule. Il y a des belles images à garder, comme ce quart d’heure presque américain qui vraiment retient la nuit et bien sûr, ce que Dubois sait faire à ravir, ces marches aux directions perturbées qui restent très très bien exécutées. 

Séquence danse se poursuit au Centquatre jusqu’au 21 avril.  Tout le programme est là.

Nous vous conseillons fortement de ne pas louper les acrobatiques garçons de Naïf Production les 5 et 6 ( infos ici). Et du 16 au 20, Augusto d’Alessandro Sciarroni …une performance sur le rire ! 

Visuel : ©François Stemmer

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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