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Los Silencios – un film de Beatriz Seigner

Los Silencios – un film de Beatriz Seigner

01 avril 2019 | PAR Julia Wahl

Une découverte de l’île de Fantasia, entre Colombie et Brésil : voilà le voyage auquel nous convie Los Silencios, dans une esthétique qui emprunte au réalisme magique.

Les cris des grillons, la musique des flots sur une barque : avant même sa première image, le film de Beatriz Seigner nous accueille dans la nuit des déplacés colombiens. Déplacés car, pour fuir la guerre civile qui oppose FARC et paramilitaires, ils trouvent refuge sur l’île de Fantasia, à la lisière de la Colombie et du Brésil. Une petite île qui vit essentiellement de la pêche et où la pauvreté est la règle. Un univers pour le moins compliqué, donc, pour la maman de Nuria et Fabio, dont nous suivons les tribulations.

L’inscription du garçon à l’école, la recherche d’un emploi et, surtout, de l’indemnité due aux parents des disparus – car le père a disparu dans le conflit – : la caméra filme au plus près les démarches d’une Mère Courage moderne, qui se bat avec les embuches administratives comme avec l’adolescence précoce de son fils. Un gamin turbulent, qui cherche à trouver sa place dans cette nouvelle vie.

Et Nuria, dans tout cela ? Aux frasques de son frère répondent ses silences. Seules sa mère et une nouvelle camarade de classe parviennent, malgré son mutisme, à communiquer avec elle. Hors ces quelques contacts, elle semble glisser, discrète, d’un plan à l’autre, au point que le spectateur finit par douter de sa réalité.

Car si l’île qui héberge la petite famille s’appelle « fantasia », ce n’est pas un hasard : aux scènes diurnes, volontiers réalistes, s’opposent des scènes de nuit, où tout semble possible. Le clair-obscur joue le rôle d’un révélateur d’une vérité parallèle, où les morts reviennent et rejouent, à leur manière, les conciliabules des vivants. Seules, les boucles d’oreilles fluorescentes de la jeune fille, incarnée par Maria Paula Tabares Pena, nous guident dans cette obscurité.

Malgré son mutisme, c’est donc Nuria qui devient le personnage principal du film, aimantant le spectateur avec son calme et le halo de ses bijoux. A la manière d’un fantôme, elle semble faire le lien entre le monde des vivants et celui des morts, portant sur sa peau les stigmates de ce dernier : la fluorescence de ses boucles d’oreilles s’étend progressivement à son visage, comme dans cette légende amazonienne qui associe la vue du fluo à la connaissance des réalités cachées.

Un film dont la grâce nous guide dans les vicissitudes des déplacés colombiens sans renoncer au charme et à la beauté. Engagé et mystérieux, politique et poétique. A voir absolument.

 

 

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