Danse
Toulouse redonne une vie chorégraphique à Toulouse-Lautrec

Toulouse redonne une vie chorégraphique à Toulouse-Lautrec

20 octobre 2021 | PAR Gilles Charlassier

Le Ballet du Capitole ouvre sa saison avec une création de Kader Belarbi consacré à la figure de Toulouse-Lautrec.

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Projet mûri de longue date par Kader Belarbi, dont la création a été différée par la crise sanitaire, le ballet Toulouse-Lautrec autour de la vie du peintre de la bohème parisienne et des affiches de la fin du dix-neuvième siècle, natif d’Albi, ne pouvait trouver scène plus opportune que celle du Théâtre du Capitole. Ancienne étoile du Ballet de l’Opéra national de Paris, le directeur artistique de la compagnie occitane n’a pas choisi un récit biographique linéaire pour évoquer cette figure originale et majeure de la peinture, chez laquelle l’oeuvre et la vie sont intimement liées.

L’acuité observatrice de Toulouse-Lautrec s’affirme dès le choix scénographique très théâtral de Sylvie Olivé, ouvrant la soirée sur une esquisse de mise en abyme avec quelques personnages sur le plateau et dans la salle annonçant le spectacle, où les encanaillements du cabaret rencontrent une relecture d’un vocabulaire chorégraphique plus classique. L’ouvrage est découpé en trente numéros brefs qui s’enchaînent avec fluidité, et évoquent l’univers et les femmes qui ont inspiré Toulouse-Lautrec, dans un croisement habile entre narration et peinture psychologique. Se succèdent ainsi des icônes comme La Goulue, Suzanne Valadon ou Yvette, sans oublier la mère de l’artiste, la comtesse Adèle, reconstituant tout le monde bigarré et contrasté, habillé par Olivier Bériot selon la mode de l’époque.

Mais si le travail de Bruno Coulais est en particulier reconnu dans la production cinématographique, la partition, confiée à l’accordéon de Sergio Tomassi et au piano de Raúl Rodríguez Bey, ne se contente pas d’une documentation revisitée des valses, javas et autres rythmes du Paris des débuts de la Troisième République. Un halo de songerie voire de mélancolie affleure au fil de ce canevas, au diapason des lumières de Nicolas Olivier qui n’hésitent pas à recourir à des effets d’archives, et des réminiscences du peintre, relayées entre autres par un dispositif de Réalité virtuelle conçu par Luc Riolon et 59Terre, qui, au-delà de l’artifice 3D, superpose parfois des souvenirs sur l’action actuellement dansée sur scène.

Ce kaléidoscope polymorphe et profus, qui revêt la vérité historique avec le plaisir et la générosité du divertissement, est servi par l’engagement du Ballet du Capitole, duquel se distingue la présence magistrale de Ramiro Gómez Samón en Toulouse-Lautrec tantôt joyeux bambochard, tantôt regard méditatif ou ingénieux, transgressant les codes ou son handicap. On retiendra également la Suzanne Valadon campée par Marlen Fuerte Castro, l’excentricité androgyne et pailletée de Simon Catonnet en Yvette, ou encore la veille maternelle de la comtesse Adèle confiée à Alexandra Surodeeva. Plus qu’un biopic, c’est toute une époque charnière dans la modernité artistique qui est ressuscitée par la chorégraphie éclectique, documentée et pleine de vie de Kader Belarbi, dans laquelle le tableau d’ensemble sert de prolongement à la figure centrale de Toulouse-Lautrec.

Gilles Charlassier

Toulouse-Lautrec, mise en scène et chorégraphie : Kader Belarbi, Ballet du Capitole, Théâtre du Capitole, du 16 au 23 octobre 2021.

© David Herrero

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Gilles Charlassier

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