Danse
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Tam Taï de Karine Saporta : un vent d’Asie souffle sur le hip hop

14 janvier 2013 | PAR Géraldine Bretault

Le festival Suresnes cité danse fêtait ses vingt ans la saison passée. Pour cette 21e édition, son directeur artistique Olivier Meyer souhaite à la fois élargir la programmation aux cinq continents, et proposer une lecture rétrospective. Karine Saporta donne le coup d’envoi, sa création Tam Taï s’érigeant à la croisée du monde d’aujourd’hui et des traditions de l’Asie.

Pénétrer dans l’univers de Karine Saporta, c’est à la fois retrouver une exigence jamais démentie, et dans le même temps l’assurance de découvrir une pièce généreuse, tournée vers son public. Pour cette créatrice aiguillée par sa curiosité, l’œuvre scelle bien souvent une rencontre, une découverte. La chorégraphe est d’ailleurs une habituée du festival de Suresnes.

Grande voyageuse, Karine Saporta est partie à la découverte des tambours de Taïwan, jeunes percussionnistes qui s’entraînent au quotidien dans une région rurale de l’île. Sur scène, les musiciens sont installés en hauteur, derrière un voile jouant des ombres chinoises, le gong se détachant comme un soleil levant sous un éclairage tamisé. À l’avant-scène, la chorégraphie que nous découvrons brouille nos repères en tissant minutieusement des liens entre des cultures qui peuvent sembler éloignées au premier abord.

Chaque fois qu’un des danseurs lève son masque blanc et se lance dans un slam ardent pour décliner son identité d’immigré, on comprend que ce savant mélange des influences est d’abord celui de leurs origines, car tous viennent d’Asie (Corée du Sud, Vietnam, Chine…), mais se sont construits en Occident, et sont le fruit d’une double culture. Le hip hop se fait martial, le kung-fu se mâtine des douceurs du taïchi, la danse des rubans se mêle aux masques des dragons verts. Tout le travail d’écoute et de porosité en amont est palpable, et rien n’est ici figé. La danse résonne des histoires de chacun et s’enrichit des contacts physiques et spirituels.

La scénographie, particulièrement soignée, repose sur un jeu de boîtes-maisons qui n’est pas sans rappeler les cloisons coulissantes et l’univers secret des habitations nippones. En filigrane, un tableau lumineux est projeté sur l’ensemble de la scène. Ce qui est au départ la reproduction d’une peinture de lettré chinois en noir et blanc s’enrichit progressivement de rouge flamboyant, avec des surimpositions de samouraïs, de cartographie, de rubans rouges, puis verts.

Tout ceci au gré des percussions très présentes, hypnotisantes, qui sont elles-mêmes presque des danses, tant l’exécution de ces percussionnistes est physique. Pour finir, une joueuse de flûte invite les percussionnistes à la rejoindre sur scène, les danseurs se sont éclipsés, et dans une dernière salve crépitante, les musiciens emportent l’adhésion du public, transporté ailleurs.

 

Crédit photographique © Ten Drum Art Percussion Group

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, créatrice et traductrice de contenus culturels. Elle a notamment collaboré avec des institutions culturelles (ICOM, INHA), des musées et des revues d'art et de design. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France, elle a obtenu la certification de l'Ecole de Traduction Littéraire en 2020. Géraldine a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, dans les rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle a travaillé en tant que docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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