Théâtre
Muerte y reencarnacion en un cowboy : La nouvelle pièce déconcertante de Rodrigo Garcia au T2G

Muerte y reencarnacion en un cowboy : La nouvelle pièce déconcertante de Rodrigo Garcia au T2G

14 janvier 2013 | PAR La Rédaction

Après le très (inutilement) controversé « Golgota Picnic » en 2011 au Théâtre du Rond Point, Rodrigo Garcia revient avec une autre création au théâtre de Gennevilliers, « Muerte y reencarnacion en un cowboy ». L’histoire, celle de deux pseudo-cowboys en pleine réflexion métaphysique sur le rire et l’existence, nous prouve qu’entre la consternation et la fascination, il n’y a qu’un pas…

Qu’est ce que le rire ? Selon la définition du dictionnaire, un comportement reflexe exprimant le plus souvent un sentiment de joie. Mais il existe en fait des dizaines de raisons de rire : il y a le rire forcé, quand on réalise en société que tout le monde rit et qu’il faudrait peut être s’y mettre pour s’intégrer ; le rire timide, qui fait qu’on n’ose peut être pas s’imposer ; le rire gêné, car il est toujours plus facile de rire que de s’indigner ; le rire horrifié, car parfois face à trop d’horreurs on ne sait plus comment réagir ; le fou rire, qui nous donne enfin l’impression de se libérer ; le rire drôle, face à une situation cocasse ; le rire triste, quand on se rappelle avec mélancolie un moment passé ; et tant de rires encore… Pour Garcia, « le rire est pour nous le pire des outils sociaux. Il a cessé d’être un attribut rare, un trésor perturbateur, pour se transformer en réitération banale ». Et c’est ce qu’il tend à démontrer tout au long de sa pièce.

Sur scène, des guitares électriques, un long couloir en bois, des boites en carton, une vache mécanique de rodéo, une boîte en plexi, et deux hommes. La pièce débute par l’agonie, celle d’une femme en vidéo, peut être possédée ? Et c’est ainsi que commence le calvaire du spectateur. Car la première partie du spectacle de Rodrigo Garcia est tout sauf agréable : du bruit, beaucoup de bruit, des dizaines de minutes qui s’étirent pour nous montrer la violence et la démence des deux protagonistes, qui eux aussi agonisent. Le son strident des guitares, qui s’infiltre dans vôtre cerveau pour vous donner un mal de crâne presque aussi intense qu’un jour de sinusite. De la nudité parfois grotesque, des poussins dans un carton, une geisha qui se fait « biffler », toujours du bruit, autant de raisons qui vous donneraient presque envie de quitter la salle. Et pourtant, après la mort, place à la réincarnation. Celle de ces deux hommes, qui tout à l’heure nous poussaient à bout, et maintenant nous mettent face à nos propres contradictions.

Car une fois habillés, humains, assagis, les deux cowboys vont se lancer dans une longue discussion. Parlant du rire comme quelque chose de pathétique, faux et artificiel, ils arrivent à nous faire rire quand même. Et on réalise alors que depuis le début de la pièce, ce n’est pas la première fois qu’on rit. Sans le savoir, Rodrigo Garcia nous a emmenés vers toutes sortes de rires, de la crispation à la fascination, de l’horreur à l’épuisement. Et il continue à nous faire rire, quand ses deux protagonistes prennent le temps de lister leurs expériences, de confesser ce qu’ils aimeraient changer dans leur vie, et de nous démontrer qu’une histoire d’amour sans sexe est vite finie. L’écriture est lucide, parfois donneuse de leçons, mais troublante malgré tout. Si l’on regrettera quelques longueurs sur l’ensemble de la pièce, et la séparation un peu trop distincte entre la première et la deuxième partie, l’ensemble n’en est pas moins réussi car l’auteur arrive à nous transmettre son propos. L’image de fin est sublime, il est juste dommage que les comédiens ne viennent pas saluer sous les applaudissements mérités des spectateurs, car leur performance est louable. S’il ne devait rester qu’une phrase pour résumer la réflexion de Rodrigo Garcia, il semblerait que ce soit celle-ci : « Si nous rions de la façon dont nous rions, c’est à l’évidence parce que nous ne sommes pas heureux ».

Juliette Hebbinckuys

 

Visuel : (c) christian berthelot

Tam Taï de Karine Saporta : un vent d’Asie souffle sur le hip hop
Don Quichotte de Montalvo : la folie des grandeurs ?
La Rédaction

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture