Danse
Singulis et Simul, Frédéric Nauczyciel sur la route de l’extravaganza à l’Onde

Singulis et Simul, Frédéric Nauczyciel sur la route de l’extravaganza à l’Onde

17 novembre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Que se passe-t-il quand des mondes sans rapport se rencontrent ? Des flics et des drags queens par exemple, ou du clavecin et de la disco… De la violence ? Non de la beauté voyons ! C’est en substance l’idée de ce spectacle qui a remué la belle salle de L’Onde hier soir en ouverture du Festival Immersion. And walk !

Un lieu pour la danse

Un peu de cadre pour commencer. L’Onde est est une Scène Nationale, c’est à la fois un théâtre et un centre d’art, à Vélizy-Villacoublay. Et donc, hier, ce lieu immense (le plateau mesure 710 m², pas très loin des 893 de la Cour d’Honneur d’Avignon !) inaugurait son festival de danse Immersion avec une pièce du photographe et vidéaste Frédéric Nauczyciel, Singulis et Simul. Ce travail est soutenu par New Settings, le programme de la Fondation d’entreprise Hermès qui accompagne la création du spectacle vivant contemporain. Autre caractéristique, c’est à Vélizy que réside l’Orchestre de la Police Nationale, qui est composé de musiciens professionnels. 

 

Se montrer

Singulis et Simul commence par une vidéo qui occupe tout l’espace du fond de scène. On y voit des hommes riant et se filmant, dans la ville. Quelle ville ? Tout au long du spectacle, les vidéos, léchées, nous montrerons des routes vues d’une voiture (on imagine). On roule, à Baltimore, à Paris, à Vélizy. Le film est sans transition, nous passons d’une route à une autre comme si elle était contiguë. 

La vidéo n’est pas omniprésente, elle apparaît et disparaît. Et puis arrivent les corps « live ». Un pour l’instant. Un garçon cheveux et pantalon à volants lilas défile, les bras ostensiblement morts,  le torse tatoué d’un « Beloved » qui surmonte un gros cœur. Cela vient nous rappeler que tout n’est pas qu’amour dans le voguing. La danse est née au sein de la communauté LGBT afro-américaine dans les années 60. Etre homosexuel, noir et déclassé à Harlem au XXe siècle n’avait rien de glamour. Le « ball » a toujours été un espace d’immense libération, où tout ce qui ne pouvait pas se montrer dehors explosait à l’intérieur. Aujourd’hui, le voguing est tendance. Paris is burning est sur Netflix et RuPaul a déjà fait défiler dans son émission 156 drags queens, également en mondovision. Tout ne va pas bien, l’homophobie est toujours là, mais, on peut, dans les scènes nationales, et ce n’est pas nouveau, montrer des corps autres, de toutes les tailles, de tous les genres.

Ballroom baroque

Singulis et Sinul est presque un Ball. Plus la pièce avance, plus le geste vient, hyper codifié. Les hanches sont à la fête, l’attitude aussi. Evidemment, les bras ne vont pas rester inertes longtemps. Diva Ivy Balenciaga, Dale Blackheart, Blaise Cardon-Mienville, Matyouz Ladurée, Frédéric Nauczyciel, Kory Blacksjuan, Marquis Revlon, Vinii Revlon, Riya Stacks et Alexandre Paulikevitch (danseur de Baladi) vont tous dans des costumes bien extravagant dérouler les fondamentaux : hands, catwalk, duckwalk, floor, spins/dips ! 

La pièce n’est pas un show, elle n’exhibe pas cette danse de revendication d’égalité et d’émancipation. La musique empêche cela. Car tout du long, le baroque est porté au clavecin par Laure Vovard accompagnée merveilleusement bien par l’orchestre de la Police Nationale. La danse baroque et la musique baroque sont comme le voguing extrêmement « tendances » aujourd’hui, notamment depuis Les Indes Galantes de Clément Cogitore. Le baroque peut se danser hip-hop, il peut se voguer aussi. Ça marche. Le rythme du baroque est du voguing !  Non vraiment ! Mais voyons, la musique baroque nécessite une grande expressivité, cultive les ornements et le contrepoint.  Il y a de cela non, quand les poignets moulinent à s’en décrocher et quand les chutes sont vertigineuses ?

À suivre

Singulis et Simul va encore grandir, la pièce doit encore fluidifier ses transitions pour ne pas tomber dans des effets de tableaux se succédant. Pour le moment, la pièce fonctionne déjà très bien mais son potentiel est palpable. Cette première représentation, en sortie de création est très prometteuse.  Un projet à suivre, donc, et qui sera les 22 et 23 avril à la MC93 et les 12 et 14 mai à la MAC.

Le Festival Immersion lui se tient à l’Onde jusqu’au 27 novembre, avec notamment les pièces d’Aude Lachaise ou Peeping Tom. Pour les Parisiens, une navette est à disposition au départ de Concorde, gratuitement, sur réservation, 1H30 avant le début du spectacle.

Visuel : ©Marc Domage

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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