Danse

Roaratorio : une pièce maîtresse de Cunningham

11 novembre 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Le deuxième programme consacré à Merce Cunningham et son Legacy Tour qu’offre le Théâtre de la Ville, dans le cadre du Festival d’automne, se concentre sur une création majeure du répertoire de Cunningham : Roaratorio. S’alliant à nouveau avec les partitions de John Cage et s’inspirant de la prose de James Joyce, le chorégraphe signe là une création exceptionnelle.

La danse et la musique n’ont jamais été totalement séparées l’une de l’autre dans le travail chorégraphique de Cunningham. Elles sont alliées autrement dans un pacte d’inter-indépendance propre au chorégraphe. Pour cette création musicale, John Cage s’est inspiré de Finnegans Wake, œuvre phare de James Joyce, sur laquelle il compose une partition originale. De longues phrasées du texte de Joyce se mêlent à des enregistrements imprégnés de balades gaéliques, d’instruments traditionnels enracinés en terre d’Irlande. Le pays de rocs et de bruyères surgit soudainement sur scène, cornemuses et tambours résonnent, s’unissant dans la célébration de la danse et du mouvement.

Avant même que la salle ne soit plongée dans le noir, les spectateurs du Théâtre de la Ville assistent aux échauffements des danseurs. Les coulisses sont ouvertes, la danse se met à nu et dévoile les origines de sa création. Dès lors, le spectateur est invité à s’immiscer au cœur du processus de création : non seulement il assiste à la représentation d’une chorégraphie, mais par un travail de mise en abyme, il participe aussi à la mise en mouvement de l’œuvre qui se déploie sous ses yeux. Telle une sorte de happening ou de work in progress, Roaratorio invite le public à s’immerger totalement dans la danse ainsi que dans le travail chorégraphique du corps et du mouvement.

Les danseurs deviennent eux-mêmes spectateurs de leurs danses, assis sur des tabourets colorés posés directement sur scène. Des couples se forment alors, leurs danses sont offertes au public, au sens littéral du terme. Différents rythmes se créent et se mêlent dans un jeu d’entrecroisement, comme si chaque danseur possédait son espace propre, et devenait maître de sa chorégraphie. A nouveau, les notions de mouvement et d’espace sont au cœur du travail de Cunningham. Relevés, pas glissés, coupés : propulsés dans le mouvement, les danseurs dessinent des lignes qui se disloquent aussitôt. Des réminiscences de fêtes populaires y côtoient de folles embardées, irriguant d’un flux quasi dionysiaque un chaos poétique savamment orchestré. Finnegans Wake, confiait Merce Cunningham au journaliste-écrivain Pierre Lartigue, « traduit le flux du temps et les changements qu’il opère ».

Les danseurs de Merce Cunningham ont de l’allure. Ils ne se déplacent pas, ils se déploient. Ils ne dansent pas, ils volent. Ils sont fiers. Leurs ports de têtes altiers les soulèvent vers un au-delà quasi sacré et mystique, ils s’élèvent perpétuellement vers plus de perfection, alliant à la rigueur de la technique, l’ouverture du mouvement.

Crédits photographiques : Bret Hartman

Roaratorio, Merce Cunningham Dance Company

Au Théâtre de la Ville, jusqu’au 13 novembre

2, place du Châtelet, 75004 Paris, Métro Châtelet (lignes 1, 4, 7, 11 et 14)

Tarif plein, 1ère catégorie : 33euros, 2ème catégorie : 27 euros, Tarif jeune : 24 euros

Plus d’informations sur www.theatredelaville-paris.com ou au 01 42 74 22 77

Le site de la Merce Cunningham Company : www.merce.org

Infos pratiques

Joël Pommerat, artiste associé du Théâtre de l’Odéon
Mamma Mia au théâtre Mogador
Alienor de Foucaud

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