Danse
Pietragalla ou l’éternel féminin

Pietragalla ou l’éternel féminin

26 janvier 2011 | PAR Alienor de Foucaud

Dix ans après l’Olympia, Marie-Claude Pietragalla revient seule sur la scène mythique du Palace avec sa nouvelle création, La Tentation d’Eve. Jusqu’au 12 février, la danseuse et chorégraphe offre un voyage à travers la condition féminine et le symbolisme qu’elle enfante dans un spectacle mêlant à la danse, le théâtre du corps et de l’objet. Tantôt muse, femme fatale, inspiratrice ou créatrice, Pietragalla est multiple mais reste l’éternel féminin.

L’étoile de Paris et ex-directrice du Ballet national de Marseille a fondé sa compagnie en 2004 et la dirige en véritable chef d’entreprise, secondée par son compagnon, le danseur et chorégraphe Julien Derouault. Après les grands succès de Conditions humaines (2006) et Marco Polo (2008), La Tentation d’Eve sonne le retour au petit comité.

Du haut de ses 48 ans, la danseuse longiligne à la chevelure d’ébène habite l’espace scénique avec allure. Une énorme pomme rouge attend le coup de dents fatal d’Eve, tandis que celle-ci interroge les confins des ténèbres, tâtonne et trébuche mais ne cesse d’avancer. Luttant contre ses désirs, ses peurs et ses chimères, elle incarne la femme éternelle.

Jambe cambrées, arabesques et relevés ; Pietragalla maîtrise parfaitement sa technique classique et s’amuse à la décomposer pour mieux libérer son corps d’un carcan qui l’étouffe et l’oppresse. Confinée dans une armure, un corset ou un morceau de tulle, la danseuse est en lutte perpétuelle avec elle-même et les désirs qui l’assaillent. C’est en revenant aux origines du corps et de la chair qu’elle renaît.

Marionnettes, masques et pantins sont aussi de la partie ; Pietragalla les utilise comme des doubles et des reflets d’elle-même, projections de ses peurs et angoisses. La danseuse mêle ainsi à sa danse originelle, le théâtre d’objets et se met en scène dans une parodie de la femme moderne. Qui somme-nous réellement ? Où se cache notre féminité ? Á nouveau, le corps demeure insuffisant pour exprimer à lui seul les tensions de la femme. De même que Sylvie Guillem dans sa dernière création, Eonnagata, Marie-Claude Pietragalla a recours à l’art de la parole pour exprimer ses souffrances et sa douleur. La danse serait-elle devenue inapte à traduire les émotions d’un corps ? C’est ce que semblent clamer ces deux anciennes étoiles, qui veulent faire exploser les jougs de la danse en empruntant au théâtre sa voix et son timbre.

La danseuse offre à son public le solo d’une femme multiple à travers un spectacle varié mais qui manque d’homogénéité : qui est véritablement Marie-Claude Pietragalla et quelle femme cherche t’elle à incarner? Des questions restent en suspens malgré l’extrême virtuosité de la danse.

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