Danse

Nouveau ballet Preljocaj : rencontre avec le Bolchoï

03 octobre 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Jusqu’au 22 octobre, Angelin Preljocaj s’installe au Palais de Chaillot, entouré de ses interprètes ainsi que des danseurs du Bolchoï. Pour sa nouvelle création, Suivront mille ans de calme, le chorégraphe se veut à la croisée des mondes. Celui de la danse russe, référence du ballet fort d’un passé riche, et d’une approche plus contemporaine. Une alliance de talents qui promet.

On connaît l’appétit d’Angelin Preljocaj pour les fusions artistiques, il a déjà invité sur scène les groupe de musique AIR, le plasticien Claude Lévêque ou dernièrement le couturier Jean-Paul Gaultier pour une Blanche Neige revisitée. Cette fois-ci, le chorégraphe fait appel au plasticien indien Subodh Gupta qui signe la scénographie et au DJ et compositeur Laurent Garnier qui avait déjà mis en son le Pavillon Noir d’Aix-en-Provence. Deux univers qui se rencontrent proposant une nouvelle langue chorégraphique et une grammaire visuelle toujours plus innovante.

Suivront mille ans de calme résulte d’une lecture « assidue mais non raisonnée » de l’Apocalypse. Source féconde d’inspiration, le terme même d’Apocalypse, du grec « apo », soulever et « calypsis », le voile, évoque l’idée de révéler, dévoiler, mise en évidence. Si Angelin Preljocaj choisit la danse pour exprimer cette connotation de « mise en lumière », ce n’est pas un hasard.  En effet, qui mieux que la danse, art de l’indicible par excellence, peut remplir cette fonction délicate de mise à nu des peurs, angoisses et espoirs ?

Sur scène, 21 danseurs, dont 10 issus du théâtre du Bolchoï. Nouveaux corps, nouvelle énergie : un choc esthétique et humain est vécu. Au-delà de la technique, c’est l’instinct qui rassemble ces danseurs originaires de différentes enseignes, tous savent faire oublier la difficulté de l’exécution et possèdent un naturel du mouvement, de l’inscription dans l’espace. Ils laissent transparaître dans la chair ce jaillissement de l’âme qui fait l’essence de la danse.

Afin de symboliser cette idée apocalyptique de dévoilement, Preljocaj met en mouvement le phénomène de l’éclosion. Ses danseurs s’extirpent de leurs fines chrysalides, découvrant un monde nouveau. Pour accompagner leur mutation, les décibels du grand Garnier résonnent à plein tube. Quasi nu, les interprètes se meuvent dans une symétrie parfaite, s’accouplent, s’élèvent, chutent, courent, crient, apprennent à (re)vivre.

Et puis soudain, l’instant de grâce arrive, les anges envahissent l’espace scénique, le Trio pour piano de Schubert emmènent deux danseuses dans un échange gestuel aux confins du sacré. La danse est minimaliste et d’une précision sans faille, écarts, coupés, attitudes s’enchainent avec fluidité, calme, volupté, la danse fait appel à un monde nouveau, créant son propre langage sur scène.

Suivront mille ans de calme offre un moment de plénitude où la musique pénètre les corps, provoquant des sensations proches de la transe, où la danse se veut être un échange, un choc, une translation, et une émotion nourrissant la création de Preljocaj. C’est une belle fresque épique que le chorégraphe offre au public de Chaillot, une scénographie à l’éclat d’acier et un ballet extatique.

Suivront mille ans de calme, Angelin Preljocaj, Théâtre National de Chaillot (Métro Trocadéro, lignes 6 et 9)

Jusqu’au 22 octobre, plus d’informations au 01 53 65 30 00 et sur www.theatre-chaillot.fr

Infos pratiques

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Alienor de Foucaud

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