Danse

Lalala Gershwin : voyage dans une Amérique multiraciale

03 octobre 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Jusqu’au 14 octobre, Dominique Hervieu et José Montalvo offrent à un jeune public leur troisième volet autour de l’œuvre de George Gershwin : Lalala Gershwin propose un rêve aquatique où les poissons volent, le hip-hop se danse sur des airs d’opéra et les rues de Broadway reprennent vie.

Depuis leurs débuts, les actuels directeurs du Palais de Chaillot n’ont eu de cesse d’aller vers les spectateurs les plus précoces que ce soit avec Hollaka Hollala, un nioc de paradis (d’après Paradis) ou Le Corbeau et le Renard. Pour ce Lalala Gershwin, entre images projetées et explosion gestuelle, c’est le New-York des années 30 qui résonne, les plus belles plages musicales du compositeur sont convoquées, entre jazz et ragtime.

Lorsque la voix suave d’Ella Fitzgerald s’allie au timbre de Louis Armstrong, un air de Summertime envahit la scène et le public frissonne. Sept danseurs embrassent la sensualité de cette partition jazzy au travers d’une gestuelle quasi mimée : c’est tout l’humour de Charlot qui réapparaît avec toujours plus de fantaisie. Ombres chinoises se mêlent aux claquettes, magiciens aux contorsionnistes.

En arrière-plan, les enseignes Dancing Girls, French Dolls et Ladies First illuminent des ruelles taguées de Broadway sonnant la naissance de l’art urbain américain, incessantes mutations des villes, modernisation galopante…autant de phénomènes qui marquèrent le musicien de leur vertige et imprimèrent ses notes de leur pulsations.

Un ballet qui s’inscrit dans la lignée du projet de Dominique Hervieu et José Montalvo, celui d’offrir une danse jubilatoire et iconoclaste, aux images foisonnantes, qui disent le plaisir des corps en mouvements. Celui d’oser mêler aux images d’animaux géants ou de paysages bucoliques un spectacle vivant, enfin celui de donner autant de place à une gestuelle hiphop au théâtre qu’une figure classique. Leur danse déjoue les logiques canoniques, transgresse les hiérarchies convenues et chahute les codes, les conventions. Par elle, se dessine une mosaïque de style et d’interprètes, vêtus aux couleurs du monde : une danse universelle qui touche petits et grands.

« Nous sommes comme Georges Gershwin dans ce passage du savant au populaire, des registres qui s’entraînent l’un l’autre plutôt qu’ils ne s’ignorent » entonnent les chorégraphes. En effet, la curiosité du compositeur ne s’arrêtait pas aux frontières de Manhattan, mais empruntait insatiablement à d’autres contextes culturels, dans une translation constante entre arts majeur et mineur, musiques savante et traditionnelle.

Dominique Hervieu et José Montalvo articulent ainsi à leur façon, discours historique et esthétique, choisissant l‘histoire noire américaine pour illustre un propos artistique et poétique : faire réentendre l’utopie positive portée par Gershwin en son temps.

Lalala Gershwin, Dominique Hervieu-José Montalvo, Théâtre National de Chaillot (Métro Trocadéro, lignes 6 et 9)

Jusqu’au 14 octobre, A partir de 6 ans, durée du spectacle : 50 minutes

Plus d’informations au 01 53 65 30 00. www.theatre-chaillot.fr

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