Danse

Moteur, Dés-action au Festival ZOA

Moteur, Dés-action au Festival ZOA

26 octobre 2017 | PAR Sarah Reiffers

Pour sa sixième édition le festival de danse contemporaine et de performances ZOA (Zone d’Occupation Artistique) investit trois espaces de la capitale. C’est au Point Éphémère que nous avons découvert le très original Moteur, version retravaillée du spectacle Moteur#1 créé par Enora Rivière pour le même festival en 2015.

Moteur est une rencontre silencieuse entre une danseuse, Enora Rivière, et un spectateur, simple «tu» et donc vous, moi, nous. Leur dialogue apparaît sur un écran en une lente succession de phrases sans majuscules ni points – un flot de pensées et de faits, donc, semblable à celui qui habite et traverse notre esprit quotidiennement.

Physiquement, celle qui travailla avec l’équipe de PI:ES sur le remontage des Inconsolés et de Mauvais genre d’Alain Buffard pousse la non-danse au sommet de la négativité. Elle ne fait rien, ou presque, maintenant la même position agenouillée pendant une demi-heure avant de se redresser toute en tremblements et émotions. Le pont qu’elle forme ainsi avec son corps et qu’elle nous présente inlassablement devient le reflet de cette liaison entre la danseuse et le spectateur, ou encore la forme physique même de l’ancrage dont elle nous parle, celui de la danseuse à l’espace, à la scène que son corps investit.

Et pourtant, spirituellement, la danse bat son plein. Si l’on accepte de la suivre, Enora Rivière nous entraîne vers une réflexion sur la relation du danseur à son propre art, et sur son discours sur sa propre pratique, un sujet de recherche qui la passionne depuis 2006. Elle nous ouvre la porte sur ce qui reste habituellement inaccessible, à savoir les pensées qui traversent l’esprit d’une danseuse avant et pendant une représentation. Nous poussant ainsi à réfléchir sur des choses que nous n’aurions peut-être jamais vraiment interrogées: l’effort que nécessite le moindre petit geste, la réalité des émotions sur scène.

D’un autre côté, le spectateur découvrant Moteur ne peut que repenser à The Square, le film de Ruben Östlund primé à Cannes cette année, et à son message satirique sur l’art contemporain. «You have nothing», pouvait-on lire en grandes lettres blanches dès les premières minutes. A chacun et chacune de juger si, oui ou non, cette phrase peut s’appliquer au spectacle qui nous est présenté là.

Le festival ZOA vous propose une dernière soirée le samedi 4 novembre à 19h à La Générale, pour découvrir le Bal participatif sur roues chorégraphié par Vincent Lacoste.

Visuel: ©Yvan Chaumeille et Jean-Philippe Derail

« La vie Rêvée de Fred Super » : la plénitude des choses, par Frédéric Sojcher
Laura Felder- Experte en Supervision musicale
Sarah Reiffers

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *