Pop / Rock

Local Natives, l’alchimie retrouvée sur Violet Street

Local Natives, l’alchimie retrouvée sur Violet Street

07 mai 2019 | PAR Clara Bismuth

Il y a bientôt dix ans sortait dans les bacs le premier album du quintet de Los Angeles. En 2010, Gorilla Manor laissait entendre des harmonies à trois voix retentissantes, ainsi qu’une énergie juvénile pleine d’euphorie. Un disque qui raflait les critiques élogieuses et présentait les Local Natives comme une mixtion rafraîchissante des Talking Heads et Arcade Fire.

Puis l’enchaînement d’ Hummingbird en 2013 et Sunlit Youth en 2016, confirmait l’évolution de leur rock indé californien. Élaborant des guitares afro-pop et des percussions dynamiques sur des harmonies catchy, le succès du quintet a toujours été au rendez-vous, sans pour autant vraiment rivaliser avec leur premier album. Alors pour ce quatrième volet, Taylor Rice, Kelcey Ayer, Ryan Hahn, Matt Frazier et Nick Ewing décident de revenir aux méthodes de leurs débuts, tout en se réinventant sur Violet Street. Produit par Shaw Everett (Kacey Musgraves, Kurt Vile, Foxygen), on y retrouve l’harmonie qui s’était faite un peu discrète entre les membres et une nouvelle force créative due à l’approche plus mature et sereine de leur expérience en studio.

“Dans cet album, il y a cette idée de lien retrouvé, nous jouons chacun en puisant chez l’autre.” affirme Taylor. “Nous ne nous sommes pas isolés dans nos coins pour réaliser nos propres chansons avant de les apporter au groupe. Lorsque nous avions réalisé Gorilla Manor, nous habitions tous ensemble dans une maison et avions ainsi créé un univers de créativité intense. Cette fois-ci, nous nous sommes retrouvés dans un grand hangar avec Shawn, à improviser, en se nourrissant l’un de l’autre, souvent jusqu’à trois ou quatre heures de matin, pendant plusieurs nuits d’affilées.’’

Une cohésion qui fait de Violet Street une oeuvre aboutie, nostalgique par moment d’une époque mais aussi en face avec les réalités d’un monde moderne, en équilibre entre l’ordre et le chaos. Car pour ces jeunes trentenaires de Silver Lake, il est temps d’enterrer la hache de guerre d’une période tumultueuse et angoissante, afin de repartir sur une base saine. Violet Street ne cherche pas à renverser les codes du rock ou à se prétendre plus original qu’il n’est. Non. Local Natives retrouve ici son cocon, une zone confortable dans laquelle le groupe exploite ses sonorités indé au maximum. Des guitares groovy qui cohabitent avec des notes de slide, des synthés aux phrasés soul en opposition à des beats afro-pop, et toujours ses harmonies sublimes en plusieurs mouvements guidées par le falsetto de Taylor Rice. Des notes sucrées, il faut bien le dire, mais terriblement addictives une fois goûtées. Une plongée en apnée dans des dimensions mystiques (Garden of Elysian) voir cosmiques (Tap Dancer), qui ne viennent jamais noyer l’auditeur.

Dix ans après Gorilla Manor, le groupe a enfin trouvé son équilibre. Ambitieux mais accessible, riche de sens mais plein d’humilité, une attitude qui se confirmait sur la scène du Point Éphémère ce 2 mai. Après de nombreux concerts dans des salles prestigieuses et avoir animé la scène du festival de Coachella en 2017, Local Natives jouait une fois de plus à guichet fermé dans cette petite salle parisienne. L’intimité ne fait pas peur au quintet, et malgré leur notion de français très limitée, ils assurent une véritable connexion avec le public. Au programme, une setlist qui passe en revue leurs quatre albums. De Café Amarillo à Tap Dancer, en passant par le transcendant You and I, les rythmes hypnotisants de Ceilings, l’apocalyptique Megaton Mile ou encore le tubesque When Am I Gonna Lose You, Local Natives offre un concert qui vaut le détour. Une chance pour les Parisiens, car le groupe sera de passage à nouveau en France, le 30 Septembre à La Maroquinerie.

 

Visuel : ©CB

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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