Danse
Mal – Embriaguez Divina, entrez dans le royaume de Marlene Monteiro Freitas

Mal – Embriaguez Divina, entrez dans le royaume de Marlene Monteiro Freitas

15 mai 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Kunstenfestivaldesarts suit le travail de cette chorégraphe avec assiduité. C’est tout naturellement qu’elle trouve sa place dans cette édition du festival avec un solo, Idiota, que nous verrons au Festival d’Automne, et la reprise de sa dernière création, Mal – Embriaguez Divina. Les automates de Marlene y sont plus perchés que jamais. 

Si, dans Jaguar, les danseurs jouaient au tennis, là, ils et elles se passent la balle dans une partie de volley-ball. Ils et elles sont pour le moment en arrière-cour. Devant eux se tient un plateau serti par des filets qui vont jusqu’au sol. Il y a des bancs et un gradin posés en plein milieu. Arrive un drôle de militaire, en jaquette violette et collants blancs, casqué. Le terrain de volley devient une zone  militaire, gardée de manière décalée tout de suite. Les jambes sont raides comme celles des Welsh Guards qui gardent Buckingham Palace. La musique débarque, comme toujours chez elle, assourdissante, endiablée. Les danseurs et les danseuses se mettent en mouvement, dans les lignes horizontales et verticales, jamais diagonales. Ils sont comme des pantins drogués suspendus par un fil. 

Andreas Merk, Francisco iseu Rolo, Henri « Cookie » Lesguillier, Hsin-Yi Hsiang, Joãozinho da Costa, Mariana Tembe, Marlene Monteiro Freitas, Miguel Filipe et Tonan Quito constituent un groupe très éclectique. Dans cette société, on peut être grand, petit, vieux, jeune, handicapé, valide, afro-descendant, asiatique, européen… C’est le monde entier que Marlene Monteiro Freitas rassemble et fait déambuler à petits pas rapide. 

Les spectacles de Marlene Monteiro Freitas débordent des champs classiques. Ils sont plus longs que les pièces de danse habituelles et cherchent à créer des images qui sont autre chose. Ni du théâtre, ni du clown.

Le terrain de jeu est désormais un tribunal ou un amphithéâtre, ou bien encore une clinique dentaire, tout est possible. Il y a Mariana Tembe, une  reine sans jambe mais qui danse avec tout son corps empêché, lumineuse et radicale. Et tous et toutes forment un peuple étrange qui domine, qui prend le pouvoir, qui se fout de la paperasse et la transforme en petites architectures. 

La pièce offre des ruptures de rythme imprévisibles et insensées, de la même façon que l’on passe du rire aux larmes et de la douleur à la joie (Ce Lac des cygnes dansé avec les mains vêtues de gants violets !). La construction chorégraphique est kafkaïenne, elle ressemble à une partie de Tetris, ce vieux jeu de puzzle qui rend fou. Elle annule les hanches sans perdre en énergie et pendant longtemps réduit la danse aux torses et aux visages.

Vous l’aurez compris, plonger dans le royaume de Marlene Monteiro Freitas, c’est entrer dans un monde où les contraires s’attirent. Il n’y a jamais d’entre-deux. C’est l’un ou l’autre sans transition. Le mal s’infiltre, s’immisce, intime aux êtres l’ordre de s’exfiltrer en prenant tout de même soin de fermer les portes derrière eux.

La lumière et la musique sont toutes aussi exigeantes. Dans ce tribunal, ou ce chœur antique, on ne sait plus, l’univers des cartoons américains des années 1960 surgit. Les artistes s’adressent à nous avec la voix de Donald Duck, par exemple !

Mal ressemble au bout du compte à une cérémonie d’exorcisme. Il agit comme un passage, une autorisation à aller bien quand rien ne va. Car rien ne va. Ils et elles se bouchent le nez, ça pue. Ils et elles font mine de ne pas entendre les bombes qui explosent partout autour. Si tout explose, autant danser avec frénésie, il ne reste que ça à faire, et ça, ça fait beaucoup de bien !

Visuel ©Peter Honnemann – Kampnagel

Aujourd’hui à 17h au Kunstenfestivaldesarts. Le festival, lui, se tient jusqu’au 28 mai. 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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