Danse
Avec « L’Oiseau-Lignes », Chloé Moglia nous conduit sur de somptueux chemins de traverse

Avec « L’Oiseau-Lignes », Chloé Moglia nous conduit sur de somptueux chemins de traverse

07 février 2021 | PAR Julia Wahl

Le Cent-quatre a fait le choix de maintenir les représentations pro et presse du festival Les Singulier.e.s.  L’occasion de (re)voir L’Oiseau-lignes, de Chloé Moglia et Marielle Chatain, créé au Quartz en 2019.

Se jouer des contraires

« Qu’y-a-t-il de commun entre marcher, tisser, observer, chanter, chasser, raconter une histoire et dessiner et écrire ? » C’est un petit garçon accroupi, au seuil du spectacle, qui nous accueille avec cette question. Un petit garçon accroupi, que vient de dessiner à la craie, sur un cube noir, Chloé Moglia. Une parole qui sera reprise par la danseuse, à la craie, sur un immense tableau qui fait office de fond de scène. Un tableau autour duquel gravitera désormais l’essentiel du spectacle. 

Aussi le spectacle interroge-t-il les bipartitions de notre réflexion : objet/humain, théâtre/danse, pesanteur et apesanteur. Car, artiste de cirque, Chloé Moglia jouera de son corps autant que de sa craie. Pour tout d’abord tracer sur ce noir tableau les mots et les lignes que la vie lui inspire. Pour, à son tour, se suspendre ensuite à un étrange tube. Lequel, progressivement, se délitera sous le poids de son corps. Un pan qui chute, un autre qui tourne sur lui-même : l’artiste doit jouer avec ces accroches, parfois amies, parfois ennemies. La sobre scénographie devient alors personnage.

Exhiber les écarts et les efforts

La lenteur avec laquelle l’artiste se hisse et tournoie autour du tube met en évidence la force exigée par l’acrobatie. Il ne s’agit nullement ici de camoufler l’effort et le travail exigés par la danse aérienne, mais au contraire de les manifester, de les rendre éminemment visibles. Apparaissent des figures légères, humbles, sans grandes pirouettes, qui nous chuchotent que danse acrobatique et grand spectacle ne vont pas nécessairement de pair. Ainsi, le spectateur suit avec une attention rigoureuse les muscles qui se bandent et se relâchent. 

L’exhibition de ces efforts s’inscrit dans cette réflexion sur les écarts et les circonvolutions que montrait déjà le tube bien peu solide évoqué plus haut : alors qu’il était censé permettre à l’artiste de suivre une ligne à la seule force de ses bras, la voilà contrainte de se hisser avec son bassin et ses pieds pour ne pas tomber. Son corps, tout comme la ligne de craie tout à l’heure, devient alors une subtile métaphore des chemins de traverse.  

Visuel : ©Alain Monot

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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