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Festival Présences (3) : les Diotima au sommet

Festival Présences (3) : les Diotima au sommet

08 février 2021 | PAR Gilles Charlassier

Comme cela est l’usage, même avec les contraintes imposées par la crise sanitaire, le Festival Présences offre, pendant le week-end, un programme roboratif, avec, le samedi, pas moins de trois rendez-vous, et, en point d’orgue, le concert du Quatuor Diotima.

 

Tandis que les quatre premiers concerts, du mardi 2 au vendredi 5, étaient diffusés en direct sur les ondes radiophoniques, ceux du week-end sont réservés à une retransmission ultérieure, sur quatre mercredis soirs, en février et en mars. Si un report en matinée ne nous a pas permis d’assister au programme du Philharmonique de Radio France sous la baguette de Pascal Rophé, avec deux créations de Betsy Jolas et Benjamin Attahir, notre parcours d’ « auditeurs professionnels » commence, en fin d’après-midi, à l’heure du couvre-feu, avec l’intégrale des sept Etudes pour piano de Pascal Dusapin sous les doigts de Vanessa Wagner sur la scène du Studio 104. Dans une atmosphère intimiste, la soliste française livre une lecture concentrée de ces miniatures, au plus près des inflexions de ces monochromes.

Mais c’est surtout le concert des Diotima à l’Auditorium, décalé à 20 heures, au lieu de l’horaire initial à 16 heures, que l’on retiendra de ce samedi. Le quatuor, une des figures de proue dans la défense de la création contemporaine, ouvre la soirée avec un opus de Mauricio Sotelo, Diotima, la mémoire incendiée, qui se distingue par une écriture parfaitement calibrée pour l’effectif. Les motifs fragmentaires se développent d’un pupitre à l’autre, avec une saisissante nervosité expressive. D’une facture moins spécifique pour la formation, le Quatuor n°7 de Bruno Mantovani, commande de Radio France donnée en première mondiale, n’en affirme pas moins une évidente efficacité dans une magistrale entropie d’un tutti dense. Kaléidoscope de douze vignettes composées pour les quatre-vingt-dix ans de Pierre Boulez, Zwölf d’Enno Poppe séduit par son irrésistible caractère facétieux que déploie Marc Coppey au fil des douze micro-variations sur une cellule minimale. Le violoncelliste se joint aux Diotima pour la première mondiale du Quintette du compositeur allemand, véritable orfèvrerie de microtonalité dans le frémissement d’un tissu instrumental au raffinement qui n’exclut pas l’humour au cœur des alchimies de timbres. Pour conclure ce magistral programme, le Quatuor n°5 de Dusapin aimante par sa dramaturgie épurée d’inspiration becketienne – restituée avec une maîtrise où la finesse le dispute à la précision.

Si ces deux concerts seront diffusés le 17 février à 20 heures, la rencontre des ensembles Caravaggio et Court-circuit dans Fluid mechanics, commande de Radio-France aux confins de l’électroacoustique passée à Benjamin de la Fuente et Samuel Sighicelli, captée à partir de 22 heures 30 au Studio 104, tient plus de la juxtaposition que de la fusion entre deux univers, et la succession des séquences reste en-deçà d’une véritable dynamique immersive que l’on aime retrouver également dans l’improvisation. On pourra se (re)faire son opinion le 3 mars sur l’antenne de France Musique.

Gilles Charlassier

Festival Présences, concerts du 6 février 2021, Auditorium et Studio 104 de Radio France

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