Danse
[Critique] « L’Enfance de Mammame », de Jean-Claude Gallotta

[Critique] « L’Enfance de Mammame », de Jean-Claude Gallotta

09 janvier 2015 | PAR Matthias Turcaud

Dix-sept ans après avoir créé Mammame, le chorégraphe Jean-Claude Gallotta en décline la version pour les enfants. Les Mammames font toutes les danses dans l’espoir de faire revenir le projecteur-soleil, un jour mystérieusement dérobé. Quarante-cinq minutes enchanteresses !

[rating=4]

La version pour enfants du Mammame de Gallotta proposée quatre fois en ce début de mois de janvier au Théâtre de La Villette n’est pas avare en moments de grâce.

Fable éducative sur les pouvoirs cumulés de la gentillesse et de l’humour – qu’il s’agit respectivement de « boire » et de « manger » -, L’Enfance de Mammame est aussi une habile leçon de danse déguisée, chacun des personnages en maîtrisant un domaine particulier qu’il illustre lors de « numéros » chorégraphiés avec, manifestement, le plus grand soin : il y a la Sirène aérienne comme le Prince du Sol, la Princesse du Feu comme le Prince du Bois … Et, au milieu de tout cela, un facétieux lutin coiffé d’un bonnet blanc et portant une paire de lunettes carrées, qui joue les chefs d’orchestres tout en assurant la narration du spectacle et en entretenant joyeusement une complicité espiègle et bon enfant avec les spectateurs, jusqu’à leur laisser clore  eux-mêmes le spectacle – en leur faisant crier, assez fort, le mot « Mammame ».

Simple autant qu’imparable, la petite trame narrative permet de structurer le spectacle, et de lui conférer cohérence comme intensité. Les danseurs ont beau s’agiter et rivaliser de virtuosité, multiplier les sauts et les cabrioles les plus divers et variés, l’apparition du projecteur si ardemment souhaitée par l’ensemble des danseurs et le lutin qui grelottent dans leurs sous-vêtements légers dès qu’ils sont à l’arrêt ne cessant de se faire désirer.

Ce ne sont finalement pas des démonstrations de virtuosité qui feront ramener le projecteur, mais, de manière éminemment éloquente, un geste on ne peut plus simple : les Princes recouvrant doucement et délicatement leurs Princesses d’un modeste plaid devant le froid menaçant d’un hiver qui semble hélas éternel … jusqu’au retour inespéré du soleil. C’est ainsi la « chaleur humaine » qui aura fait revenir le projecteur, nous dit Gallotta, en jouant malicieusement sur les deux acceptions du mot « chaleur » – au sens littéral comme métaphorique les Mammames se seront apportés un peu de « chaleur », se seront réchauffés le corps comme le coeur. En ces temps de glaçante et déshumanisante barbarie, cette petite leçon de morale nous semble plus qu’à propos.

L’Enfance de Mammame, CCN (Centre Chorégraphique National) Grenoble, Jean-Claude Gallotta, Théâtre Paris-Villette, 211 avenue Jean-Jaurès (11ème arrondissement), mercredi 7 et samedi 10 janvier à 15h et 17h30.

Crédit photo : Guy Delahaye

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

One thought on “[Critique] « L’Enfance de Mammame », de Jean-Claude Gallotta”

Commentaire(s)

  • TURCAUD Marie

    C’est un plaisir de lire vos commentaires

    janvier 9, 2015 at 13 h 23 min

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